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Actualités : Faidherbe, une statue qui fait polémique !

par La Rédaction

La mort de Georges Floyd, le 25 mai dernier dernier aux États-Unis a lancé comme une onde de protestation dans le monde noir.Elle a réveillé beaucoup de blessures et rouvert des cicatrices.
Aux États-Unis, les manifestations sont incessantes, au point que l’armée a été déployée.
En France, Assa Traoré a rassemblé une foule de sympathisants pour « Justice pour Adama ».
A Bristol, la statue d’un négrier a été jetée à l’eau.Partout dans le monde, les traces et monuments de négriers ou esclavagistes sont en train d’être effacés. 
Et cette onde n’a pas épargné le Sénégal, où depuis quelques temps déjà, le débat fait rage sur la statue de Faidherbe, ancien gouverneur français du Sénégal,  trônant fièrement à Ndar (Saint Louis) avec comme épitaphe, «  Le Sénégal reconnaissant ».
Alors deux voix s’élèvent : il y a le camp des Saint Louisiens, totalement attachés à l’histoire et au symbole de Saint Louis et à la statue de Faidherbe, et il y a les autres pour qui glorifier « un sanguinaire » est une honte.

Pour comprendre ou en tout cas entendre les deux points de vue : il faut se référer à l’Histoire et  cette polémique  nous donne donc l’occasion de revenir sur les relations de Faidherbe avec le Sénégal.

Biographie

Louis Faidherbe, né le 3 juin 1818 à Lille et mort le 28 septembre 1889 à Paris est un militaire et administrateur colonial qui a fait ses armes en Algérie, en Guadeloupe puis au Sénégal. Il sort de l’école polytechnique en 1842 en tant que officier et est nommé sous-lieutenant du 1er régiment.

Il sert lors de la conquête de l’Algérie de 1842 à 1847 puis de 1849 à 1852, il sert en Guadeloupe de 1848 à 1849 puis devient gouverneur du Sénégal de 1854 à 1861 puis de  1863 à 1865.

Le Sénégal sous Faidherbe : bâtisseur ou sanguinaire?

Faidherbe arriva au Sénégal avec comme mission d’étendre l’influence française sur le territoire et de le pacifier.
Il mènera des campagnes sanglantes à l’intérieur du territoire.
Parmi ses nombreuses conquêtes :

Il combattit Cheikh Oumar Foutiyou Tall. 

En 1857, les troupes de Faidherbe et celles du Khalife s’affrontèrent à Médine, puis à Matam en 1859. Ce n’est qu’en 1860 qu’un traité de paix fut signé.

Paradoxe de l’histoire, le Lycée Faidherbe (10 novembre 1919) de Saint-Louis deviendra le Lycée Cheikh Oumar Foutiyou Tall (13 juillet 1984).Il attaqua le Kayor lors de la bataille de Diati (8 janvier 1861), sous l’ère du Damel Macodou Fall, durant lequel il brûla plus de 25 villages du Kayor, commis un massacre et fit plus de 250 prisonniers. Le Damel se résigna à se réfugier au Saloum.

Lille, France – June 23 2020: The monument to General Faidherbe is an equestrian statue of French general Louis Faidherbe. Designed by Antonin Mercié, it was inaugurated in 1896 on Place Richebé and was listed as a historic monument in Lille in 1975.

Il tua plus de 3000 personnes entre le Walo et le Fouta et brûla des villages entiers. Il lança ses troupes contre l’armée de la Linguère de Natte Yalla, à la bataille de Diouboulou. On se rappellera du discours de la Linguère à ses soldats :  «Aujourd’hui, nous sommes envahis par les conquérants. Notre armée est en déroute. Les guerriers du Walo, si vaillants soient-ils, sont presque tous tombés sous les balles de l’ennemi. L’envahisseur est plus fort que nous, je le sais, mais devrions-nous abandonner le Walo aux mains des étrangers ? ». « Non ! », lui répondirent ses troupes. Cependant, les Tiédos du Walo furent vaincus. Nder fut prise et brûlée ainsi que d’autres villages du Walo, et la reine fut obligée de s’exiler au Kayor.

Faidherbe enlèvera le fils de Ndate Yalla prénommé Sidya, le rebaptisa Sidy Léon Diop et l’amènera au lycée impérial d’Alger en 1861, puis à l’école des Frères, pour l’assimiler et en faire un pion contre ses semblables.

Sidya, plus tard se rebellera contre l’administration française et sera capturé puis déporté au Gabon. Conscient qu’il ne reverra jamais sa terre natale, il se tua. Il avait 30 ans.

Ainsi avec une force militaire, Faidherbe réussit à installer les bases d’un pouvoir colonial en signant des traités ou en combattant les chefs noirs. Il créera aussi le corps « des tirailleurs sénégalais » qui seront souvent mobilisés pour participer aux Guerres Mondiales.  

Le bâtisseur

Mais Faidherbe a contribué aussi à la mise en place d’une administration moderne.Il organise l’administration du territoire en ‘’cercles’’ auxquels les chefferies traditionnelles sont associées. Il place à leurs têtes des officiers, essentiellement, mais aussi des personnalités locales connaissant bien le pays.

Il soutient les investissements par la création de la Banque du Sénégal, première banque établie dans une colonie. Initiative qui connaîtra un rapide succès.
S’inspirant des travaux du botaniste Richard, il introduit dans la vallée du Sénégal de nouvelles cultures et de nouvelles méthodes aratoires.

Le développement du maraîchage aux abords de Saint-Louis permet d’assurer l’autonomie alimentaire et contribue à faire évoluer les habitudes alimentaires des populations. 
Il lance la culture du coton et de l’indigo et oriente la production d’arachide vers l’exportation (6000 tonnes en 1860). Les échanges atteignent 19 000 000 de francs vers 1860. 

Il développe l’enseignement en commençant par créer ‘’l’école des fils de chefs’’ à Saint-Louis (certainement pour assimiler les populations), puis favorise l’émergence d’une élite locale en développant l’enseignement laïque et l’ouvre aux autochtones malgré l’opposition des marabouts, créée le lycée de Saint-Louis.

Il métamorphose Saint-Louis en une véritable capitale, la dotant d’une poste, de casernes, d’hôpitaux, d’un réseau d’approvisionnement en eau, créant des quartiers indigènes modernes et reliant l’île de Saint-Louis aux rives du fleuve par deux ponts de bateaux. 

Il équipe progressivement le territoire en routes, ponts et télégraphe (la liaison Saint-Louis-Dakar est réalisée en 1862). Il approuve les projets de développement du port et de la ville de Dakar proposés par Pinet-Laprade et supervise les premiers chantiers.

Par la suite, comme membre de la Commission centrale des chemins de fer puis du Conseil supérieur des voies de communication, il continuera de suivre le développement du Sénégal, du port de Dakar et des lignes de communication, les voies ferrées Dakar-Saint-Louis et Dakar-Niger, notamment.

Aerial panorama photo of Senegal river in Sant Louis, Senegal, with the Faidherbe bridge seen connecting the new part of the city on an overcast day.

Tout ceci nous permet de comprendre l’objet de cette polémique. D’une part la détermination de certains au regard des exactions commises par Faidherbe,  et d’autres part l’attachement de certains Saint Louisiens au symbole que Faidherbe représente pour eux, car il a contribué à faire de St louis une ville moderne et agréable.Depuis, de nombreuses solutions fusent dont celle du professeur Mbaye Thiam qui propose de déboulonner la statue et ne de pas la jeter à la mer mais de créer un musée de l’histoire coloniale et de conserver la statue là-bas, pour garder une trace de l’histoire.Peut être ceci serait un bon compromis pour les deux camps.

Métisse Noire: Fondatrice de Black Ego

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