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Art & Culture: Bijou SY, entrepreneure dans l’âme

par La Rédaction

Cela vous dit-il, un voyage au cœur de la création Sénégalaise, le made in Sénégal, communément désigné sous l’appellation  label 221? Pour cela, embarquons avec la grande styliste et créatrice de renommée Bijou SY, l’une des ambassadrices de la mode et du made in Senegal.Elle nous parle de sa passion, de son travail, de ses engagements, de ses combats…

Quel est votre parcours en tant que créatrice et styliste?

Je suis créatrice de mode et fondatrice de la marque TOUTY.  Mon parcours est assez atypique et entrepreneurial. J’ai commencé à entreprendre depuis l’âge de 24 ans, après une formation en hôtellerie- restauration et tourisme.J’ai renoué avec ma passion qui est la mode après une formation à ESMOD PARIS pour devenir styliste. Et j’ai créé la marque TOUTY en 2004 pour fabriquer localement mes créations.

En tant que styliste, fondatrice de la marque TOUTY, comment se porte la mode sénégalaise, particulièrement le made in Sénégal ?

La mode et la créativité sénégalaise se portent très bien. Les sénégalais ont renoué avec le “made in Senegal”. La nouvelle génération le porte fièrement. Il y a beaucoup de créateurs en maroquinerie, en joaillerie, en stylisme.

Vous dîtes que vous avez abandonné le prêt-à-porter pour vous concentrer sur la création made in Senegal. Pourquoi un tel choix?

Pendant 10 ans, j’ai importé en achetant un peu partout. J’ai décidé d’arrêter pour faire travailler les jeunes de mon pays, utiliser la main d’œuvre locale. On a beaucoup de talents mais souvent inexploités. Donc au lieu d’enrichir d’autres pays déjà développés, j’ai choisi d’investir et de participer au développement économique de mon pays. Mon objectif est d’avoir un impact économique dans mon pays.

L’industrie du textile connaît de réelles difficultés, comment peut-on la concilier avec une création 100% sénégalais ?

Malheureusement, nous n’avons pas d’industrie du textile véritable, même le coton qui est cultivé chez nous et un peu partout en Afrique est exporté à 90%.On ne peut pas le filer. On ne peut rien faire. On peut juste ajouter une touche de créativité.

“Relancer l’industrie du textile, un combat pour le développement”

Toutes les matières premières que nous utilisons sont importées à part le pagne tissé qui est fait localement. D’où notre combat avec l’atelier 221, pour relancer l’industrie du textile au Sénégal.Nous rencontrons beaucoup de difficultés pour nous approvisionner parce que nous ne produisons rien, localement.

Quelles seraient les solutions pour la relancer ?

Les solutions passent par la formation des jeunes aux nouvelles technologies, aux métiers émergents. Il s’agit d’équiper les artisans de machines de dernière génération, la remise à niveau de l’industrie du textile et un investissement dans la technologie par le  gouvernement.

On connaît votre engagement social pour la cause des femmes, pour le développement de ce pays, en plus d’être chef d’entreprise, d’où vous vient cette force?

Les femmes sont les chefs de famille. Une femme partage. J’ai toujours cru que le développement économique de l’Afrique passe par la femme parce qu’elles sont courageuses, travailleuses.
Au-delà de ça, quand elle travaille, elle aide toute la famille, investit dans l’éducation,..Dans mon entreprise, 70% de mon équipe sont des femmes. Je crois beaucoup au potentiel féminin.Cette force me vient de mon parcours. Grâce à Dieu, j’ai toujours travaillé seule, compté sur moi-même et j’ai compris très tôt qu’il n’y a que le travail pour avoir mon indépendance financière.

Vous avez longtemps vécu en France, comment avez- vous réussi votre retour? Quels sont les pièges à éviter ?

J’ai vécu, travaillé et été entrepreneure en France. J’ai compris que partout où on peut être dans le monde,on peut travailler, entreprendre. La France m’a donné l’expérience,  la volonté d’être indépendante.
Le retour n’a pas été difficile vu que j’entreprenais déjà au Sénégal, même avant de venir en France. C’était une continuité. Nous tous, on a envie de travailler, de développer notre pays. Ce n’est pas facile, mais il faut s’armer de volonté, de courage, être rigoureux avec soi-même et avoir un projet bien défini et clair avant de retourner au pays.

Si un jeune vous dit qu’il rêve d’avoir un parcours similaire à la vôtre, vous lui répondez quoi?

Je lui dirai d’oser entreprendre. Rien n’est facile mais il faut être courageux, essayer de commencer au bas de l’échelle, faire des petits pas. Si on croit à notre rêve, il n y a pas de raison pour qu’on n’ y arrive pas. Il faut croire en soi.

Vous avez initié avec le collectif 221, l’opération “ un sénégalais, un masque », pouvez- vous en parler?

Avec le GIE atelier 221, le but est d’avoir plus d’impact, c’est de travailler ensemble pour structurer notre projet. Seul on va vite, ensemble on va plus loin.
Avec cette situation sanitaire, on a fait travailler  plus de 600 personnes. On a fabriqué plus de 300 000 masques. On a créé des emplois.
On a mobilisé beaucoup de personnes de Dakar à Saint -Louis,  fait travailler des détenus. Ce fut une belle expérience. Toute seule, je n’aurai pas pu le faire. Cela démontre que c’est possible, que la solution ne peut venir que de nous, de l’intérieur pour développer le Sénégal.

Comment la marque TOUTY se porte avec cette pandémie? L’impact que cela a sur votre entreprise?

Cette situation m’a permis de réfléchir, de me réorganiser. L’entreprise a pu tenir car on s’est adapté en fabriquant des masques d’avril à juillet. On a eu des marchés avec ONU Femme,, avec l’Etat sénégalais, le secteur priivé. C’était vraiment une belle expérience.
Cela nous a prouvé que nous étions capables de faire des choses, de ne compter que sur nous, vu que nous étions confinés. La covid 19 nous a ouvert les yeux sur le potentiel qu’on a sur le continent africian. On fait petit à petit, ensemble, pour avoir beaucoup plus d’impacts positifs et montrer tout cequi se fait de bien sur le continent africain.

On continue de travailler pour bâtir l’Afrique de nos rêves.

Aïssata Sow Mercereau

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