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Art & Culture: Rencontre avec AMINA GUEYE, A la découverte d’une passionnée du look!!

"Je trouve toujours du plaisir …..à parfaire leur image."

Qui est cette femme qui donne du style et un look au cinéma sénégalais ? Si la réponse tombait sur une femme extravagante, l’on se dirait, bien évidemment, qu’elle est dans son élément comme le seraient les artistes qui aiment se distinguer par un look tranchant. Mais Amina n’est pas dans la technique de reproduction du cliché bien installé, même si elle reste tout de même particulière. Si particulière qu’elle ne passe pas inaperçue, malgré sa discrétion paradoxalement foisonnante pour un regard porté par l’élégance et la beauté.

 

Pour FAFA Mag, elle nous reçoit en plein tournage de la deuxième saison de la série Dérapages, une production qui a fini de conquérir les passionnés de séries et où elle travaille comme chef costumière.

Elle nous embarque dans son univers féérique qui fait rêver, mais surtout qui met en valeur l’image et la personnalité des acteurs.

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Qui est Amina GUEYE? Quel est son parcours?

Je suis une jeune sénégalaise née à Dakar et j’ai grandi dans sa banlieue.

J’y ai passé tout mon cursus scolaire jusqu’au bac puis j’ai rejoint l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Après deux années en espagnol, j’ai suivi une formation en vue d’obtenir le diplôme de délégué médical. Disons que je me cherchais un peu à l’époque, et c’est en 2012 que je me suis vraiment retrouvée et le déclic a eu lieu: travailler dans la mode que je pratiquais déjà à distance. J’aimais observer et ré-écrire les tendances et les styles, leur donner d’autres agencements.

De ce fait, je suis allée m’inscrire au concours d’entrée à l’institut de coupe, de couture et de mode qui est un département de l’école nationale des arts de Dakar afin de suivre une formation en stylisme et modélisme et depuis je vis ma passion.

En vous écoutant, on sent cette passion de la mode, d’habiller les gens…cette envie vous vient d’où?

D’une part, c’est peut-être la passion de la mode qui ne cessait de grandir en moi, et d’autre part, c’est l’environnement dans lequel j’ai grandi. Mes parents avaient un atelier de confection dans la maison.

Toute petite, avec mes frères et sœurs, on participait tous à la chaîne de travail, soit en coupant les fils, soit pour emballer les tenues. Ma sœur, qui est aussi styliste, a eu la même influence.

Au-delà de toute cette transmission familiale, je sens aussi que c’était ma destinée car je me souviens que, depuis petite, j’aime me faire belle, m’habiller avec style et rechercher ce style là dans des compositions de tenue qui me donne l’allure que je voulais.

Je trouve toujours du plaisir à aider des personnes à parfaire leur image.

Cela a démarré avec mes copines de classe, d’université, les membres de ma famille et aujourd’hui avec mes clients et collaborateurs. Il faut que l’on trouve son équilibre dans ce que l’on porte. Cela nous donnera plus d’assurance à paraître au monde et à lui parler.

Vous avez lancé votre structure Amina Relooking, ça consiste à quoi?

Amina relooking est une agence de coaching en image qui accompagne et conseille les particuliers dans leur shopping et dans la gestion de leur garde robe.

Après avoir cerné leurs attentes, je peux les accompagner en magasin, ou, avec leur accord, y aller seule, car je «sais ce qui va le mieux pour chaque caractère» (rires).

En effet, Amina relooking est constamment à la quête de votre bien-être vestimentaire selon votre morphologie, vos goûts et votre budget.

En résumé, nous améliorons votre impact visuel et votre confiance en vous! Nous vivons une ère particulière où paraître est un enjeu de bien être et d’estime de soi malgré tout. Et si nous arrivons à transmettre une énergie positive au monde qui nous entoure par une sorte d’aura que l’on dégage, l’on pourra contribuer à humaniser, ne serait-ce qu’un peu, ce monde et ce mauvais temps que nous vivons.

Amina, c’est quoi être costumière de cinéma?

En tant que costumière, encore l’œuvre du destin! (Rires), mon rôle consiste toujours à créer un look pour chaque personnage, sous la coupole, bien entendu, d’un directeur artistique, et cela est valable pour les publicités également.

Je leur crée ou sélectionne une tenue appropriée à chaque séquence donnée. J’apprends le scénario, les dialogues. Je dois connaître chaque personnage, son caractère, son jeu et ses déplacements, et en fonction de tous ces paramètres, je crée le look.

Et connaître la psychologie du personnage est très important pour l’éclairer et faire correspondre ce qu’il est, à ce qu’il incarne. Souvent, c’est aussi un jeu de dupe pour déjouer les attentes du spectateur et ajouter à la dramaturgie.

Avec quelles autres productions, avez-vous collaboré? Comment avez-vous intégré l’équipe de Dérapages?

Je collabore avec cette équipe depuis mes débuts, celle de Buzz Studio.

Buzz studios est une entreprise de production cinématographique, audiovisuelle et de graphisme créée en 2005.

Cette équipe m’a aidé à me perfectionner et je l’ai rejoint grâce à Souleymane Kébé, le producteur, qui est un ami du Théâtre Universitaire de Dakar, le théâtre Isseu NIANG.

J’ai commencé à travailler avec lui, dans la série Tundu Wundu qui est un chef-d’œuvre. Aussitôt après, j’ai continué dans les séries comme: «  C’est la vie« , « Adja ramadan » et « Dérapages », depuis la première saison jusqu’à nos jours.

Abdou Lahad Wone le talentueux réalisateur ne veut plus me lâcher (rires).

Racontez-nous la journée type d’une costumière cinéma?

Waouh…(rires) C’est assez stressant, les tournages ne fonctionnent pas sous les heures classiques d’un travail de bureau par exemple. Selon les scènes de jour ou de nuit, nous nous devons d’être sur le plateau, d’être préparée, et très réactive à certains aléas (une tenue qui se déchire, où se tâche).

En résumé, une journée type commence selon la mise en images du scénario: on s’informe en amont là-dessus, selon les choix du réalisateur , puis on ramène tout ce dont les acteurs ont besoin pour la journée, tout en veillant à la perfection. Aucun détail vestimentaire n’est négligé. En gros, je peux travailler de nuit comme de jour, cela dépend des moments et heures de tournage.

Ce métier qui est nécessaire au cinéma, n’est pas très connu et pas très valorisé pourquoi? Que faut-il faire pour régler ce problème?

Je pense que ça a tendance à changer, positivement, de nos jours. Les productions font de plus en plus appel à nous, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.

Les réalisateurs se sont rendu compte que le public est très réceptif à voir du beau, de la créativité, et surtout de la logique dans les costumes des acteurs.

Dans les anciens téléfilms sénégalais par exemple, on négligeait un peu cet aspect.

Les acteurs se débrouillaient parfois tout seul, on pouvait voir une femme allant au marché local du quartier, habillé comme si elle allait à un mariage…ce qui est incohérent et pas réaliste du tout.

Aujourd’hui, les costumières aident beaucoup à pallier ces manquements.

Et puis, il y a aussi les partenariats commerciaux non négligeables avec les couturiers, les magasins d’habillement etc. En tant que costumière, nos avis comptent dans ces types de contrats.

"Mon rôle consiste à créer un look pour chaque personnage!"

Nous savons que le milieu du cinéma peut être difficile parfois, comment Amina arrive-t-elle à gérer toutes ses personnes avec leur tempérament?

 

Très bonne question! Ce n’est pas facile j’avoue, mais tout est dans la communication. J’essaie de dialoguer avec tout le monde, sans frustrer… malgré mon franc-parler qui paraît rude parfois, j’essaie au mieux d’être souriante, tant qu’il y a du respect vis-à-vis de mon travail.

Après les prises de vue, quand l’acteur, même difficile, se rend compte qu’il a beaucoup été mis en valeur à travers son look, il est content et ça facilite nos rapports jusqu’à la fin des tournages !

 

Vous avez plusieurs casquettes: costumière, conseillère en image, styliste, vous faites comment pour gérer tout ça?

Oulala! C’est dur parfois, mais quand on est passionnée, tout challenge devient surmontable. Il faut savoir s’organiser, anticiper, surtout si on gère plusieurs personnes en même temps. J’ai une équipe qui m’accompagne aussi, ça aide aussi.

J’ai une famille qui me soutient énormément dans mon emploi du temps chargé.

 

Si une personne a envie de se sentir mieux, de se renouveler, vous lui conseillerez quoi?

De se tourner vers un professionnel du relooking, d’avoir confiance en soi, et de croire qu’avec n’importe quel budget on peut y arriver ! On peut faire du smart shopping sans se ruiner!

C’est hyper important de se sentir bien dans sa peau, et le fait d’avoir un look qui vous correspond y contribue beaucoup.

 

Nous les femmes, on adore s’habiller, se sentir belle, est-ce qu’il faut beaucoup d’argent pour louer vos services?

Pas du tout ! Comme je viens de le dire, pas besoin de se ruiner. On n’est pas obligé d’acheter exactement là où Kim Kardashian ou Youssou N’Dour achète, mais on peut obtenir des équivalents à moindre coût, faire recours à notre tailleur du quartier, à nos artisans pour les accessoires.

Sans prôner le plagiat, chacun peut se construire sa personnalité vestimentaire en gardant les pieds sur terre.

Quant à mes services je suis coach par amour, donc évidemment c’est moyennant des prix raisonnables. Et ma clientèle est large. Ça va du particulier aux grandes stars! Comme je disais tout à l’heure, la question à laquelle je fais l’expérience de répondre avec le client est : quelle est ma personnalité vestimentaire en générale ; liée à votre tempérament et selon les occasions et les milieux sociaux dans lesquels vous allez vous mouvoir ?

 

C’est la journée internationale de la femme, ça vous inspire quoi?

On pense souvent à la charismatique Clara Zetkin après sa fameuse proposition pour célébrer la lutte pour les droits des femmes en 1910.

Mais personnellement, cette journée me fait penser à l’histoire du village de Nder avec le fameux  » Taalatay nder ». Ces femmes sénégalaises qui en novembre 1819 avaient décidé collectivement, plutôt que de tomber entre les mains des esclavagistes de se donner la mort par le feu. Une preuve de résistance inouïe, non seulement pour leur statut de femme mais pour la dignité humaine tout court.

Malheureusement, jusqu’en 2021, la femme souffre de beaucoup d’inégalités ou de crimes liés à sa seule personne. J’espère que les luttes continuent et vont briser beaucoup d’œillères qui empêchent de reconnaître la force et la capacité des femmes à participer à l’architecture essentielle des grands édifices sociaux qui font avancer le monde.

 

Que dites-vous à toutes ces femmes, ces personnes qui vont vous lire?

L’apparence, le look, l’image, sont des choses très importantes, car c’est déjà la première source d’informations sur nous. Tout comme le parfum, ça reflète notre personnalité.

Par conséquent, c’est une chose à ne pas prendre à la légère.

Je ne dis pas qu’il faut forcément s’habiller tendance, glamour etc., mais dans notre société, il faut savoir marquer une touche au bon moment, à la bonne période et surtout avec un style agréable qui vous correspond le mieux et qui correspond à chaque morphologie. Vivre c’est engager aussi une aventure du regard avec soi d’abord et avec les autres ensuite. Et c’est aussi une « aventure ambiguë » où il ne faut pas perdre son âme.

Amina est belle parce qu’elle est noire. Amina est noire et belle, entre le léger déhanché de la gazelle d’Afrique et la présence forte du pas sûr de la dame généreusement rayonnante qu’il faut sublimer encore.

Vous la distinguerez dans ses tenues sobres et originales, avec un rien d’espièglerie dans l’agencement des couleurs et des motifs, dans la découpe de ses robes fines et libres, ses hauts qui réinventent le chic. Elle est dans l’invention de formes nouvelles qui transforment le boubou et la taille basse en modèle unique ; entre un rêve d’Afrique au présent mais résolument tournée vers un futurisme dont la splendeur serait avec la grammaire séculaire de nos motifs divers et variés…

Les costumes d’Amina pour la cérémonie familiale comme pour la promenade au quotidien dans les occasions sociales du monde, pour la scène comme pour l’écran, traduisent un geste.

Le cinéma est un geste et Amina fait, en ce moment, le cinéma au Sénégal.

" Le public est très réceptif à voir du beau…"

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