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DOSSIER SPERIAL : LA MATERNITÉ LOIN DE SA CULTURE

par La Rédaction

La maternité, une bénédiction certes! Don de Dieu, surtout! Et s’il n’est pas, spécifiquement, mentionné dans le contrat de mariage, de nombreux hommes se marient avant tout pour une progéniture; même si, par hypocrisie ou pour éviter d’être éconduit, ils se gardent bien de le dire ouvertement. Un choix égoïste faisant souvent fi des attentes de leurs épouses et des prédispositions naturelles de ces dernières.

A l’image de celles restées au pays, les femmes vivant à l’étranger n’échappent pas à ce cantonnement qui finit par faire, forcément, de l’épouse une mère, au point de menacer la stabilité et le bonheur de certains couples. Loin du bercail et de la solidarité familiale, les femmes émigrées, migrantes et expatriées, malgré leur bonheur d’être mère, vivent cette étape de leur vie ballotées entre le besoin de se plier à leurs cultures et l’ouverture qu’exige l’environnement dans lequel elles vivent et les réalités auxquelles elles sont confrontées.

Dans ce dossier spécial, nous vous proposons un tour d’horizon autour de la maternité.

Épouse-mère: l’éternel tiraillement

On en a toute rêvée un jour, à défaut de s’être mise dans la peau d’une mère, le temps d’un jeu, chouchoutant du mieux que l’on pouvait le frère, la sœur, le cousin, la cousine ou l’ami! Un rêve téléguidé, formaté, encré et encastré dans le subconscient des jeunes filles par l’image que la société a de la femme. Un rêve qui devient souhait au fil des années, prière quasi quotidienne sous la pression, obsession face à l’intolérance et le manque d’empathie. Un rêve qui prend place dans nos bagages et nous poursuit comme notre ombre lorsqu’on quitte le bercail pour s’installer ailleurs.

L’épouse est associée à la fécondité, faisant ainsi donc de la maternité un phénomène  naturel. Alors qu’il n’en est rien! Saphiétou, jeune sénégalaise, qui vit au Canada depuis une dizaine d’années déjà, dénonce cette pression subie par les femmes qui s’apparente à une forme de confiscation d’une partie d’elles : « le pire c’est lorsqu’on se marie et que neuf mois plus tard, il n’y pas de grossesse. Tout le monde se pose des questions. C’est comme si l’épouse n’est prédestinée qu’à faire des enfants. Alors qu’on sait très bien, quelques soient les croyances, quelque soit la religion, qu’il y aura des femmes qui auront des enfants et d’autres qui n’en auront pas. »

Une stigmatisation pour le regard externe. Une particularité culturelle à sens unique pour ceux qui baignent dedans et qui place l’homme dans une zone de confort, imperméable aux attaques. Mais d’où qu’on se situe, l’amalgame demeure évident. La forte attente sociale et culturelle autour de la maternité lie l’épouse à la mère au point que ses deux statuts distincts en soi deviennent une seule et même entité.

L’imbrication est telle que parfois même la mère « tue » l’épouse, s’il ne prend pas, littéralement, le dessus sur elle. C’est pourquoi lorsque l’enfant se fait désiré dans un couple, les regards accusateurs fusillent toujours la femme qui, dans l’imaginaire qui accompagne un tel mythe, serait forcément victime de sorcellerie, du mauvais œil ou tout bonnement porterait en elle la poisse.

Accusée de tous les maux, l’étau se resserre, au fil des années qui passent, autour de celle qui s’est mariée avant tout par amour. Une injustice qui explique qu’on en arrive même à rabibocher des lambeaux de couples qui n’ont d’union que de nom au nom justement des enfants et de leur supposée stabilité; sans tenir compte aucunement du climat délétère nuisible à toute forme d’épanouissement, autant des parents que de leurs progénitures.

D’ailleurs, même s’il est vrai que « la maternité est un pouvoir » pour la femme comme le soutient la sociologue Selly Ba, cette confusion des rôles mère-épouse, menace cette dernière dans son épanouissement en tant que compagne, avant tout.

La stérilité : une affaire de femme aux senteurs masculines

Essuyer les sarcasmes, les moqueries, les réflexions blessantes et faire souvent face au silence assez complice du mari rythment le quotidien des femmes stériles, qu’elles vivent en Afrique ou qu’elles décident de s’installer ailleurs dans le monde. Aicha, une ivoirienne qui vit en île de France depuis quelques années, s’est vue abandonnée par son conjoint ni plus ni moins parce qu’elle n’arrivait pas à tomber enceinte en une année de vie commune.

Lorsque l’on est loin du bercail, ce poids qui pouvait être allégé par la présence et le soutien des siens devient un boulet presque sans possibilité aucune de s’en libérer mentalement. Aicha :« J’avais accepté ma situation, mais là où j’avais constamment  mal c’est quand je me suis installée en France seule et que je n’avais pas de neveu ni de nièce à mes côtés pour combler ce vide. » Isolées, harcelées, ces jeunes femmes vivent une angoisse terrible qui, renforcée par la solitude causée par l’éloignement, se mue en obsession, en l’absence de repères solides.

Une vision biaisée de la maternité qui fait donc que les priorités au sein des couples sont autres. Car qu’on le comprenne bien, vivre ailleurs n’en estompe pas pour autant  les préjugés et les stéréotypes qui la gangrènent et avec elles, l’image figée de la femme reproductrice qu’elle véhicule. Le problème demeure le même que l’on soit dans son pays ou dans un autre aussi ouvert soit-il sur cette question: les croyances sont transportées dans les valises, colportées, nourries et entretenues, souvent, par des hommes et femmes qui, parfois, malgré leur degré d’instruction ont du mal à se départir de « cette âme du groupe (…) qu’on retrouve en chaque membre ». Docteur Selly Ba: « Que l’on soit en France, aux Etats-Unis ou ailleurs, on reproduit, par des réflexes, des attitudes et aptitudes, notre culture ».

Saphiétou, foncièrement irritée par le manque d’intolérance, surtout des femmes à l’égard d’autres femmes, ne l’entend pas de cette oreille : « Il y a des femmes qui n’ont jamais enfanté, mais qui prennent chaque enfant comme le leur. Je trouve cela décevant surtout à notre époque et aussi dans l’environnement dans lequel on évolue (ndlr: le pays d’accueil) ».

L’excuse culturelle qui plombe le changement des mentalités passe difficilement. Lyssa, trentenaire et mère de deux enfants, elle aussi, ne comprend pas cette stigmatisation d’un autre temps « qui, tout en faisant reposer tout le tort sur les femmes qui subissent les agressions de la belle-famille au quotidien » même lorsqu’elles vivent à l’étranger, dédouane les hommes qui ne « consultent pas, alors que, dans bien des cas, se sont eux qui sont malades »

Mise au banc des accusés, « déchue » de sa place de femme, d’épouse, de compagne, la femme qui n’enfante pas, à quelques rares exceptions,  se voit prise en otage dans son propre couple. L’impossibilité de tomber enceinte ou la venue très tardive d’un enfant entraîne alors, très souvent, le divorce ou l’abandon de la femme par son mari qui lui jurait pourtant amour et fidélité.

Et malgré une ouverture d’esprit certes en ébullition qui pose le débat sans voile, la stérilité demeure encore et toujours une affaire de femmes alors que,  dans bien des cas, pourtant, elle se nourrit des faiblesses insoupçonnées ou inavouées de l’homme.

Une armada d’interdits au contact d’autres réalités.

Le corps entièrement recouvert ne laissant deviner qu’un ventre qui se fraie tant bien que mal un chemin. Un talisman trônant fièrement sur la tête. Un autre qui ceint fermement les reins ou suspendu au cou. Des heures de sorties surveillées pour contrer le mauvais œil où les mauvaises langues. Des décoctions de racines à s’enduire le corps, tout en se soustrayant au regard des autres.

Combien d’images de femmes de ce type peuplent nos souvenirs et défilent comme un vieux film qu’on déroule encore et toujours sous nos yeux, lorsque la vie se décide enfin à prendre vie en nous! La liste est loin d’être exhaustive, pourtant Le cocktail, lui, est  scrupuleusement recommandé, voire exigé pour éviter que des forces occultes, cachés dans  les éléments, n’interrompent ce rite de passage qui confère un statut à la femme. Un schéma millimétré en raison du poids de la grossesse dans les sociétés africaines. Signe de bonheur certes, de richesse et d’une bonne étoile aussi, cette dernière est une épreuve qu’il faut traverser les armes en main. Le flux hormonal et une horde de préjugés enferment ainsi la mère dans une prison d’interdits relégués au rang de superstition par la jeune génération, mais qui aurait la lourde tâche de protéger aussi bien le bébé que sa mère.

Éviter, cacher, se cacher! Un vocabulaire de peur et d’évitement, de dissuasion rythme ainsi, à côté du bonheur d’enfanter, la maternité dans les cultures africaines.
Mais force est de constater que lorsque les femmes quittent un tel univers où les frontières entre valeurs, aprioris et méfiances sont assez poreuses, leurs croyances, qui font face à de nouvelles réalités, se fissurent parfois et finissent, très souvent, au cimetière de la fiction.

Mame Diarra, qui reconnaît avoir pourtant caché sa grossesse, a tout de même changé de fusil d’épaule.
«J’ai tenu compte de l’interdit de l’annonce. Seulement, je ne crois plus en tout ce qui est marabout et autres superstitions. Il n’y a que Dieu au-dessus de tout. Et durant ma grossesse, je n’avais pas de restrictions pour sortir, pas d’interdits aussi, car je me disais qu’il fallait que je vive comme les gens, d’ici, puisque je n’étais plus en Afrique».

Cette mère d’un garçon de 3 ans qui vit avec son mari allemand dans le pays de ce dernier a définitivement mis une croix sur tout ce côté mystique de la chose qui façonne la vie au Sénégal et partout ailleurs en Afrique.
Seulement, la recherche du bonheur et toutes les représentations autour du futur né perfusent l’imaginaire autour de la maternité et la maintiennent en vie.

Mais même s’il est vrai que les femmes migrantes sont soumises à cette prégnance culturelle, l’attitude positive, négative ou mitigée de la femme qui tombe enceinte dépend de sa prise de recul ou pas par rapport à la situation.

Saphiétou, elle, est toujours restée collée à ses convictions et aux socles qui font la richesse de sa culture. Sans être illuminée, cette mère d’un petit garçon qui déplore l’assise de «croyances sans fondements religieux» supporte les interdits qui vont avec.Sa grossesse, comme le veut sa coutume, elle n’en parla pas à ses collègues de travail qui soupçonnaient quelque chose au tout début : «Ils ne l’ont su que quand je ne pouvais plus le cacher. Je leur ai fait savoir que chez nous, on n’annonce pas une grossesse.

Vivant en région parisienne, Anta a essayé autant que faire se peut de s’accommoder aux situations auxquelles elle faisait face. Trentenaire lorsqu’elle tombe enceinte de son premier enfant, celle qui a supporté «une grossesse difficile et à risque» témoigne: «avec tout ce que j’entendais enfant sur la grossesse j’avais vraiment peur. Je ne m’habillais jamais de façon à ce que l’on remarque mon ventre. Les gris gris,  je ne me rappelle pas en avoir eu. Par contre, j’étais sans emploi à cette époque et je peux vous dire que je respectais à la lettre mes heures de sorties.

De toute façon, ma mère, au téléphone, me les rappelait tout le temps.»

Si le  temps qui passe n’éraille pas le disque des interdits, obéir de façon stricte à ses règles ne s’envisage, tout simplement, pas pour certaines femmes.

Aicha en fait partie. Malgré une grossesse assez tardive et «inespérée», celle qui est en couple mixte depuis près d’une dizaine d’années a « vécu une belle grossesse paisible », sortant à son aise quand l’envie lui en prenait, sans arrières pensées, malgré les mises en garde de sa mère:

« Ma mère, qui s’était résolue à ne jamais me voir enceinte, m’appelait très souvent pour me demander de faire attention à mes heures de sorties, de respecter les prières. Chez nous une femme enceinte à des heures pour par exemple traverser un pont. Un fleuve c’est impensable, car étant l’habitat de djinns ».

Un choix de conformité ou non laissée à l’appréciation des femmes migrantes qui, dans bien des cas, même éloignées du pays d’origine, restent connectées à leurs  réalités socioculturelles qui façonnent et donnent sens à leur existence.


Boulot-grossesse- accompagnement

Mais lorsque l’orage se dissipe, les peurs et les ressentiments enfouis, que l’on savoure le bonheur d’être mère ou de le devenir et que le quotidien reprend ses droits,  comment arriver à concilier boulot, grossesse, vie de couple ou en solitaire? La question mérite d’être posée d’autant plus que derrière tout ce bonheur qui entoure la venue d’un enfant, les femmes, dans leur majorité, en arrivent tacitement à en assumer seule la charge, même en étant en couple.

Bon nombre de femmes dont le choix fait défaut ont fait face à ce triptyque, sans hésiter. Loin de la chaleur des grandes familles africaines, les futures mamans font, ainsi, face seules à cette étape de leur vie la peur au ventre, surtout pour une première expérience. Le mari, pour la plupart du temps ne constituant pas un socle pour la femme car considérant avant tout la grossesse comme une affaire strictement féminine.

Anta a souffert de l’absence de son mari avec qui elle ne vivait pas à l’époque de sa grossesse. Plongée dans ses souvenirs, elle ressasse cet épisode de sa vie de nouvelle mariée enceinte, mais désillusionnée: « J’ai mené ma grossesse seule, dans la mesure où mon mari ne vivait pas dans le pays où j’étais. Je n’ai pas trop senti un soutien de sa part, sans doute parce qu’il avait déjà des enfants avant le mien. J’ai dû accoucher seule. Heureusement, ma cousine avec qui je vivais ne m’a jamais laissée tomber. »

L’indifférence, le refus d’accompagnement ou tout simplement l’abandon dans une période où la femme à besoin d’un pilier est une réalité chez bon nombre de femmes qui vivent à l’étranger. Souvent d’ailleurs, la maternité menée en solitaire ne se passe pas comme espéré.

Fatoumata en garde toujours un souvenir amer et douloureux. Après avoir traversé l’enfer libyen, la jeune femme, tombée enceinte des œuvres de son violeur, s’était résolue à garder son bébé malgré la honte et les jugements qui l’attendaient. Sans enfant après des années passées aux côtés de son mari dans une famille polygame en Guinée, traumatisée par  l’expérience de son voyage clandestin, elle n’en avait pourtant pas fini avec les coups du destin.

Après des heures passées dans un hôpital parisien, celle qui espérait enfin se poser et goûter au bonheur d’être mère se retrouve dépossédée d’une partie d’elle. Son utérus pour une question vitale, selon les médecins, lui a été retiré, «sans consultation préalable», en même temps que le bébé mort-né qu’elle portait depuis quelques jours déjà dans son ventre. Le choc, mais surtout l’incompréhension pour cette jeune femme. Un monde s’écroule ainsi autour de celle qui n’aura plus jamais la possibilité d’enfanter et qui n’a bénéficié d’aucun suivi psychologique. Vivant toujours avec cet épisode tragique, Fatoumata réapprend, difficilement, à aimer la vie aux côtés de son nouveau mari à qui elle n’a pas caché sa stérilité.

Cependant, le tableau n’est pas totalement sombre. Des hommes sortent tout de même du lot pour accompagner et soutenir pleinement leurs femmes. Mame Diarra, Saphiétou comme Lyssa ont toutes trois conjugué leur bonheur à deux du début à la fin de leurs grossesses et bien après même.

Saphiétou se rappelle : «J’ai travaillé durant ma grossesse. J’étais étudiante en ce temps-là. Mon mari s’est occupé de tout. Cuisine, course, entretien de la maison. Il a vécu seul assez longtemps et donc ils aimaient bien les faire. Il m’a beaucoup aidé ». Une assistance qui se doit d’être symétrique selon Lysa : «Il faut se rapprocher de son mari, mais il faut aussi que le mari se rapproche de sa femme pour vivre la grossesse à deux». Une communion que Mame Diarra aura vécue jusque dans la salle d’accouchement : «Mon mari était dans la salle d’accouchement. Il m’a pris la main en me regardant dans les yeux pour me faire comprendre qu’il était là et qu’il ressentait ce que je ressentais. Mon mari est allemand, mais il connait ma culture et c’est pour cela que malgré qu’il ait toujours voulu vivre ce moment, il m’a demandé si je voulais qu’il soit là. C’était vraiment émouvant. Je l’aide dans son travail, mais lui comme sa mère ont toujours été là pour me soutenir».

Mais pour toutes ces mères accompagnées ou non, soutenues ou non dans leur quotidien, le combat reste le même. Un combat pour la vie, l’épanouissement et le bonheur des siens! Un combat sans tambours ni trompettes!


Portrait : Aïcha la miraculée

Tous les pronostics l’avaient mis hors jeu. Mais après rejets, calomnies et faux espoirs, Aicha fera finalement un pied de nez retentissant à la stérilité.

Elle gesticule des mains, blottie à moitié au fond du grand fauteuil noir qui encadre le salon aux murs couleurs chaux. Les rideaux clairsemés qui dessinent leurs pâles reflets sur son visage narguent les derniers rayons du soleil en cette saison automnale. Le regard pétillant, la bouche entre-ouverte, la quadra cherche ses mots et déverse, dans un débit torrentiel, ce qui, longtemps durant, a fait son mal-être.

Entre deux gorgées de café, elle cherche ses mots et lâche, subitement: «les médecins aussi bien en Afrique qu’ici en France ont été catégoriques sur mon cas en me disant que je ne pourrais jamais avoir d’enfant.» Un choc pour cette jeune ivoirienne et pour ses parents, «surtout» son père, aujourd’hui, décédé. Une situation qui l’a traumatisée, mais pas au point qu’elle mette une croix sur sa vie sentimentale. Il en faut plus pour baisser les bras à cette mélomane convaincue qui aime déstresser au son du coupé-décalé. Aicha respire la joie et croque la vie à belles dents!

Elle ne peut, d’ailleurs,  s’empêcher de pousser la chansonnette pour dégager sans doute ce trop plein d’amertume dans ses souvenirs qui lacère la quiétude du moment. Résolue à vivre son destin avec dignité, la chef d’entreprise trouvera un souffle d’espoir à travers  son frère cadet, son fils de substitution. Sans aucun calcul malsain, elle se résout à son destin: « j’ai fini par accepter ma situation et mon frère qui vient après moi a été l’enfant que je n’avais pas. Je faisais tout pour lui. Je le chouchoutais comme mon enfant ».

La stérilité qui lui a été diagnostiquée, loin de l’empêcher de vivre, déterminera, cependant,  ses choix de couple et, surtout, les critères de l’élu de son cœur. Comme un bouclier, celle qui trône fièrement sur son mètre 65 se jura, à partir de ce moment, de ne plus se mettre qu’avec des hommes déjà pères. Son expérience avec son second conjoint finira de conforter ce choix: «Mon premier conjoint avaient déjà des enfants. Donc,  je n’avais pas de problème par rapport à cela, mais notre séparation ne s’est pas trop bien passée. Quand au second,  quand au bout d’un an il a su que je ne pourrais pas avoir d’enfant, il m’a tout simplement abandonné».

Un supplice de trop! Ses dents de bonheur qui percent, subtilement, son sourire contagieux ne lui porteront pas chance en ces temps-là. La pilule passe, difficilement.

Sa quête du bonheur avec ou sans enfant n’en sera pas pour autant entamée.  Seulement, ce second échec déterminera son futur. Mais elle l’assure, sa situation de femme sans enfant, elle ne le ressentit pas dans le regard des autres. Sans doute parce que l’environnement et la culture de son pays d’accueil « ne se prêtent à aucune forme de jugement des personnes concernés, contrairement à (son) pays d’origine ». La gestuelle cadencée, le regard fixé au loin comme pour reprendre le fil de ses souvenirs, Aicha confie: «Je n’ai pas senti de jugement négatif des autres, sans doute, parce que, contrairement à l’Afrique, les gens,  ici, peuvent décider simplement de ne pas avoir d’enfants. Ce qui est impensable chez nous». Mais la désormais résignée n’en démord pas et reste convaincue d’une chose: «on ne vit qu’une fois». Une conviction qui soulève des montagnes. Elle avancera, dès lors, sans jamais regarder le rétroviseur.

Les années passent. Puis la chance! Des convictions qui s’écroulent! La comptabilité de deux êtres! Un nouveau coup du destin ! Une récompense divine! Les exclamations s’entrechoquent sur ses lèvres, mais aucune assez forte pour mettre des mots sur ce coup du destin. Le diagnostic ne tenait plus. Celle que tout un système avait logé dans la case stérile était bien enceinte de son nouveau conjoint, déjà père de deux enfants. Une joie indescriptible, mais aussi le doute et la peur : «Je n’étais pas allé, depuis 3 ans, chez mon gynéco. C’est ma tante chez qui je suis allé qui m’a dit que j’étais enceinte rien qu’en me regardant. ne latitude à reconduire l’expérience. Mais son bébé était bien là. Un amour! Une vie! Le soutien  sans faille d’un mari toujours présent et prévenant. La preuve que tant qu’il y a vie, il y a toujours espoir. Elle m’a dit de faire le test parce que ma cousine gardait, toujours, des tests avec elle. Le résultat était positif, mais je n’y croyais pas».

Les menstrues qui ne s’arrêtaient pas. Aucun changement corporel. Aicha n’avait pas les signes indiqués d’une femme enceinte. Son mari d’ailleurs, connaissant son histoire, n’y crut pas. Mais un second test le lendemain et un rendez-vous chez le gynécologue étaient sans équivoque: un être prenait bel et bien vie en elle. Après les pleurs et cris de joie, les tremblements, la discrétion. Sa tante recommande la prudence : «attendre avant de l’annoncer au pays pour éviter un coup du sort».

Une grossesse paisible, malgré les craintes. Un accouchement difficile, par contre, et une résistance à l’anesthésie, ne lui laisseront aucune latitude à reconduire l’expérience. Mais son bébé était bien là. Un amour! Une vie! Le soutien  sans faille d’un mari toujours présent et prévenant. La preuve que tant qu’il y a vie, il y a toujours espoir.

MAME SAYE DIOP

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