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ENTRE NOUS: REGARDS CROISÉS

par La Rédaction

Des croyances sur la grossesse, il en existe à foison à travers le monde. D’une culture à une autre les prédispositions se complètent parfois, s’ils ne s’entrechoquent tout simplement pas. Retour d’expériences de la camerounaise, Aurélie Ekoko et de l’ivoirienne Nounou Dao.

Quelles sont les croyances autour de la grossesse en Côte d’Ivoire et au Cameroun ?

A.E :  Au Cameroun, les femmes doivent éviter de marcher sur des objets qui rappellent le cordon ombilical, comme des cordes ou des lianes.

N.D : Les croyances autour de la grossesse sont assez nombreuses et divergentes. Dans ma culture, on dit que pendant la grossesse le fait de dormir en donnant dos à son mari favorise les chances que le bébé ressemble à son papa. Il ne faut pas exposer aussi son ventre car l’oeil est dirigé directement sur le bébé; ce qui est dangereux  car rien que par ce moyen, on peut connaître le destin du bébé savoir s’il a une bonne étoile ou pas…. Cependant nous sommes dans une ère où les gens ne croient plus trop en toutes ces choses car l’aspect religieux prend de plus en plus le dessus.

Êtes- vous sujettes à des interdits en termes d’aliments ou de choses à ne pas faire de par votre culture ?

A.E : Dans de nombreux pays Africains comme au Cameroun, les femmes ne doivent pas manger d’ananas pendant la grossesse de peur que l’enfant naisse avec une peau crevassée, comme celle des fruits. Il est déconseillé à la femme de manger de la tortue par crainte que l’enfant soit lent ou du lapin par peur qu’il naisse avec un bec de lièvre.

N.D : Oh oui ! Il y a pas mal de choses qui ne sont pas conseillées. Je vais donner l’exemple de mon ethnie étant donné je suis senoufo. Dans notre culture, on nous dit que  manger, par exemple,  trop de piment pendant la grossesse rend le bébé « difficile », c’est-à-dire qu’il va beaucoup pleurer.

Sommes-nous, selon vous, suffisamment prises en charge en tant que femme noire dans les structures hospitalières, ici, en France lors d’un accouchement ? Ou y a-t-il des manquements ?

ND : Je pense que nous sommes suffisamment prises en charge. Du moins,  je n’ai rencontré aucun problème à ce niveau là.

A.E : A mon niveau, je n’ai eu aucun souci. Et je n’ai pas également senti une différence de prise en charge en raison de la couleur de ma peau.

Quelles sont vos expériences de femme noires enceinte en France ? Avez-vous réussi à pouvoir suffisamment vous documenter sur la grossesse,  l’accouchement et le bouleversement que cela occasionne dans la vie d’une femme, notamment sur le post partum ?

A.E :  Je pense avoir rencontré les mêmes conséquences liées à la grossesse que n’importe quelles femmes dans le monde . Grâce à mon entourage, j’ai pu bénéficier de manuel et de livre traitant de la grossesse sous tous ses aspects. J’ai pu prendre connaissance des bouleversements qu’engendre l’arrivée d’un enfant.

N.D :  Je garde de bons souvenirs de mes différentes expériences. Je trouve que nous avons un bon suivi. Ceci étant,  je pense que cela se détermine aussi clairement par l’hôpital/la clinique où nous choisissons de nous faire suivre,  par qui nous suit et des possibilités que notre couverture médicale nous accorde pour nous permettre ou non certains privilèges. J’ai pu avoir suffisamment de documentations et d’informations sur la grossesse, l’accouchement et le bouleversements que tout ceci apporte dans la vie d’une femme. Mais je dirai que, pour ce qui est du bouleversement, c’est surtout du côté positif de la « nouvelle vie » qui nous attend.

Pouvez-vous nous parler de votre plus belle expérience d’accouchement ?

A.E : Ma plus belle expérience d’accouchement reste le moment ou l’aide-soignante a posé ma fille sur moi. Cette sensation reste indescriptible. J’étais submergée par une vague d’émotions. Je pleurais tout en rigolant me rendant compte que ce petit être « ma fille « était là, bien réelle et en bonne santé. Un élan d’amour et de peur m’a envahi. La notion d’aimer a pris tout son sens. Elle était ma priorité et cette responsabilité, aussi belle soit elle, faisait également peur. La peur de ne pas être à la hauteur en tant que maman. N.D : Wouah! Choix très difficile entre mes deux expériences. Je répondrai donc que mes deux accouchements ont été, pour moi, les plus belles expériences de ma vie ! Grâce à Dieu, mes deux accouchements se sont très bien passés. Je n’ai pas eu de complications particulières,  bien que les deux expériences soient différentes. Pour le premier enfant, c’était une expérience inconnue et toute nouvelle pour moi. C’était la première fois de ma vie que je ressentais autant d’émotions et que je me suis

aperçu que je pouvais aimer un être plus que moi même. Tout était nouveau pour moi. Et puis le deuxième enfant, je me disais pendant la grossesse que j’avais déjà vécu l’expérience donc ce serait relax.  Mais à vrai dire, je me suis trompée. L’émotion de la première expérience était au rendez vous. D’ailleurs, j’avais une toute autre attache car ça a été une grossesse un peu à risque car j’ai traversé des moments difficiles durant la grossesse et ce, jusqu’à l’accouchement.  J’ai failli avoir une césarienne, mais au final nous avions (bébé et moi), une connexion inexplicable, une force à nous deux et avec la grâce de Dieu, bien évidemment,  nous avons surmonté tous les obstacles. Quand je pense à mes accouchements,  j’en ai des larmes aux yeux, des larmes de joie !

La présence du conjoint pour vous est-elle nécessaire et indispensable lors de l’accouchement ? Comment aider les sœurs émigrées à convaincre leurs conjoints quand ce dernier est  réticent?

N.D : Oui, oui et oui ! La présence du conjoint est nécessaire et indispensable lors de l’accouchement. Un conjoint présent lors de l’accouchement est un conjoint qui se rend compte d’avantage de la valeur de sa femme, de la force de sa femme.
Cela  renforce les liens du couple. Aussi, c’est l’occasion pour lui de ressentir toute cette émotion de se sentir concerné et de renforcer les liens avec le bébé. Pour convaincre son conjoint de sa présence, je pense qu’il faut impliquer le conjoint dès le début de la grossesse et ce, durant toute l’aventure. Lui faire toucher le ventre pour qu’il sente les mouvements du bébé si possible, qu’il soit présent lors des échographies, sinon lui montrer les photos et j’en passe. En tout cas partager tout avec lui avant même l’accouchement. Puis quelques mois avant l’accouchement commencer à le préparer psychologiquement que sa présence est juste obligatoire ! Car lors d’un accouchement tout peut arriver et surtout c’est aussi son enfant et c’est de son devoir d’être présent pour accueillir son bébé…

A.E : La présence du conjoint me paraît nécessaire,  mais pas indispensable. J’ai été accompagnée par ma mère lors de l’accouchement de ma fille. Le père de ma fille n’étant pas présent par sa propre volonté, j’ai partagé  le plus beau moment de ma vie avec celle qui m’a donné la vie. Elle a été un soutien moral et physique et je suis fière de l’avoir eu à mes côtés.

Rama SAKHO

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