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Entre Nous

par La Rédaction

Deux destins! Deux itinéraires! L’une est venue en France par choix, l’autre par opportunité. Mais Thioro et Mariama,  malgré les aléas de la vie et des choix de vie différents, cultivent une seule envie: s’épanouir chacune selon ses convictions et vivre pleinement leur vie.

Présentez-vous à nos lecteurs

T.M: « Je suis Thioro MBAYE 33 ans mariée, mère de deux garçons de 13 ans et 11 mois. Je suis née à Dakar et j’y suis restée jusqu’à mes 19 ans. J’ai obtenu mon baccalauréat la même année avant d’arriver en France pour mes études supérieures, mais aussi pour y rejoindre mon ex-mari.

A mon arrivée je suis restée inactive. L’année scolaire avait déjà commencée et j’étais également enceinte, du coup j’ai décidé d’attendre l’année d’après pour reprendre les études. Ainsi, j’ai pu faire un BTS assistant de manager et, plus tard  un Bachelor en école de commerce en alternance au Crédit Agricole.

Je suis restée deux ans en banque avant d’entamer une licence en Ressources humaines. Je me cherchais un petit peu et c’était pas une tâche facile. J’étais une jeune femme dans un pays étranger, dans un ménage compliqué avec un enfant. Ce qui fait qu’à un moment donné, je me suis sentie perdue, mais je me suis toujours accrochée. Je gardais en tête qu’il fallait que je réussisse pour moi et pour mon enfant”.

M.K: « Je m’appelle Mariama K. J’ai 39 ans, mariée et mère de famille. Je suis arrivée en France il y a presque vingt ans, dans le cadre de mes études après l’obtention de mon baccalauréat.

C’était une opportunité, plus qu’un envie de venir en occident. L’occasion m’a été offerte d’aller à la découverte d’autres cultures. Et à cela s’ajoute le fait que mon père nous a toujours poussé à combattre l’ignorance et à voyager. Je suis titulaire aujourd’hui d’un master en aménagement du territoire et développement durable”. Quel regard portez-vous sur les femmes migrantes et expatriées? 

T.M: “Elles sont des battantes quelque soit leur pays d’accueil. J’ai une image très positive d’elles. Elles cherchent toujours à se surpasser malgré des conditions qui peuvent être très difficiles. Tout le monde sait que nos réalités culturelles s’opposent parfois à celles de la société occidentale, mais cela,  ajouté aux freins que peuvent constituer certains hommes, ne les arrêtent pas dans leur élan. Elles sont source d’inspiration car elles ont sur leurs épaules de lourdes responsabilités et doivent batailler sur tous les fronts mais elles avancent et réussissent malgré tout. C’est à saluer”.

M.K: “Je suis admirative de toutes ces femmes qui pour des raisons familiales ou professionnelles quittent leur pays d’origine. Admirative car elles font preuve de courage en se positionnant comme de vrais soutiens pour leurs familles restées au pays.Tout le monde sait que c’est difficile de vivre loin de sa famille et que jusqu’à une certaine époque, c’était à l’homme que revenait la charge de voyager pour apprendre, gagner sa vie…

Mais aujourd’hui, à la faveur de l’autonomisation de la femme,  les femmes africaines aussi quittent le foyer familial pour d’autres cieux”. Pouvez-vous dire que vous êtes bien intégrée dans votre pays d’accueil? 

T.M: “Je dirai oui car tout le monde sait que entreprendre est difficile en France. Rien que les démarches administratives et le processus d’entreprise peuvent démotiver même les plus brillants. Cela ne m’a pas empêché de croire en moi et de rester positive. Pour moi, nous devons tout faire pour donner une image positive de nous même, malgré les obstacles. On fait partie de ce nombre de Sénégalais qui doit vivre hors du pays pour s’en sortir. Alors voyons le bon côté des choses et saisissons les opportunités qui s’offrent à nous. Pour le moment, on vit à l’étranger alors tâchons d’être des personnes importantes, voire influentes dans nos pays d’accueil. Sortons du lot surtout nous les femmes pour montrer la bonne voie à nos enfants”.

M.K: “Selon mon ressenti, je dirai un grand oui. Aujourd’hui, je considère la ville où j’habite comme mon deuxième pays tellement je m’y sens bien!Cela n’a pas été facile, loin de là. Mais petit à petit, j’ai senti l’envie de m’investir dans la vie de ma cité. Et c’est une ville qui est aussi très ouverte culturellement, qui donne une large place aux associations et aux initiatives issues de la population d’origine étrangère. De ce fait, elle nous invite même à nous y sentir bien. Je me suis même mise à militer pour un parti politique de ma commune!” 

Quel a été le déclic qui a guidé votre choix de vie?

T.M: “C’est vrai que la vie ne m’a pas fait de cadeau mais j’ai toujours voulu entreprendre et devenir mon propre patron. A chacun sa personnalité. Moi, je m’ennuie derrière un bureau. En 2015,  j’ai obtenu un CDI chez Orange et en tant que mère seule à l’époque, cela me permettait de vivre convenablement avec mon enfant. Même si cela ne me correspondait pas, je n’avais pas le choix car n’ayant pas les moyens ni les garanties nécessaires pour réaliser mon rêve d’ouvrir un restaurant. Aussi, physiquement, je ne pouvais pas car je vis avec un handicap depuis 11 ans maintenant. Malgré cela, j’avais déjà écrit mon projet et fait mon business plan en me disant que ca viendra un jour. Jusqu’au jour où j’ai rencontré l’homme qui a changé ma vie. Il a su sortir le meilleur de moi, a cru en moi et m’a surtout soutenue sur tous les plans.

Ensemble on a repris ce projet et on a tout réalisé du début à la fin. Surtout, il a su me rappeler d’où je venais et qui je voulais devenir lors des moments de doute et quand j’avais le moral au plus bas”.

M.K: “Alors, j’avoue que j’ai testé le monde de l’entrepreneuriat, mais j’ai arrêté pour des raisons personnelles et aussi pour avoir plus de temps pour ma famille. Avec une entreprise c’est presque 7 jours / 7 de travail. Le truc qui m’a convaincu de retourner au statut de salarié est que je me suis rendue compte que je n’avais plus de temps pour faire d’autres activités et profiter pleinement de mes enfants.

Étant femme et mère de famille, ce n’est pas facile d’entreprendre car, quoi qu’on dise, la vie de famille peut s’en trouver lésée. Alors oui, avoir un horaire de travail fixe, pouvoir faire une coupure entre la maison et la journée de travail est pour moi, aujourd’hui, le meilleur choix.  De plus, je m’interdis d’amener du travail à la maison !”

Quel conseil donneriez vous aux femmes en général? 

T.M: “Je leur dirai de croire en elles, de poursuivre leur rêve et de surtout s’écarter de toutes sources de négativité. Elles doivent être d’excellents exemples pour leurs enfants et doivent leur inculquer le sens du travail. Aussi, les femmes doivent comprendre que, de nos jours, une femme peut réussir sa vie professionnelle et être une bonne épouse et mère. Le bon dieu nous a doté de la capacité de gérer plusieurs choses en même temps alors profitons-en pour en tirer le meilleur car l’énergie et la motivation de la jeunesse ne sont pas éternels. Disons nous que cela peut s’arrêter à tout moment, alors marquons notre époque”.

Ensemble on a repris ce projet et on a tout réalisé du début à la fin. Surtout, il a su me rappeler d’où je venais et qui je voulais devenir lors des moments de doute et quand j’avais le moral au plus bas”.

M.K: “Alors, j’avoue que j’ai testé le monde de l’entrepreneuriat, mais j’ai arrêté pour des raisons personnelles et aussi pour avoir plus de temps pour ma famille. Avec une entreprise c’est presque 7 jours / 7 de travail. Le truc qui m’a convaincu de retourner au statut de salarié est que je me suis rendue compte que je n’avais plus de temps pour faire d’autres activités et profiter pleinement de mes enfants.

Étant femme et mère de famille, ce n’est pas facile d’entreprendre car, quoi qu’on dise, la vie de famille peut s’en trouver lésée. Alors oui, avoir un horaire de travail fixe, pouvoir faire une coupure entre la maison et la journée de travail est pour moi, aujourd’hui, le meilleur choix.  De plus, je m’interdis d’amener du travail à la maison !”

M.K: “De croire en elles tout simplement !Aujourd’hui, je vois énormément de femmes en détresse à cause de leurs problèmes de couple. Pour moi, le problème vient du fait qu’elles se persuadent qu’elles ne peuvent exister qu’en étant au service d’un homme. Surtout chez nous, le poids de la société impose à la femme d’avoir un mari et des enfants pour être pleinement respectée et considérée. Alors qu’elles sont des êtres humains à part entière.  Elles doivent assumer d’être heureuses par elles-mêmes”.

C’est quoi le plus important pour une femme: sa vie de famille ou sa vie professionnelle?

T.M: “Je ne me permettrai jamais de juger celles qui ont préféré rester mère au foyer pour se vouer à l’éducation de leurs enfants car c’est un choix très respectable.

Pour ma part, je préfère concilier les deux dans la mesure où l’un n’empêche pas l’autre à mon humble avis.  Mais tout dépend de l’environnement dans lequel évolue la femme. J’ai la chance d’être tombée sur un homme qui me tire vers le haut, qui me facilite la tâche, qui travaille avec moi en étroite collaboration et qui me permet d’être à la fois sa femme, son associée et la mère de ses enfants. Je ne peux que rendre grâce à Dieu et redoubler d’efforts.

Maintenant à nous femmes de trouver le juste équilibre entre la famille et le travail, afin que l’un n’impacte pas,  négativement, sur l’autre”.

M.K: “Ce n’est pas facile de répondre à cette question. D’un côté, nous avons les puristes qui soutiennent que la place de la femme est à la maison, à s’occuper de sa famille. De l’autre,  la nouvelle génération de femmes qui milite pour que les femmes mettent la vie professionnelle au-devant. Je dirais que les deux sont importants, à part égale. Mais je mettrais la vie familiale en avant car du moment qu’on a fait le choix d’avoir une famille, on sait que c’est la seule chose qui reste malgré tout.Un travail, on peut en changer, le perdre, mais l’amour de ses enfants, par exemple, est éternel”.

C’est quoi une femme épanouie pour vous?

T.M: “ Je ne pense pas qu’il y ait une définition exacte de la femme épanouie car les états d’esprits divergent et chacune avec sa notion de l’épanouissement. C’est très relatif. D’aucunes seront épanouies dans leur travail. D’autres le seront avec une carte bancaire pour faire du shopping à volonté ou des voyages. Mais moi, je me sens épanouie quand je sais qu’à la fois je remplis mon rôle d’épouse, de mère et que mon travail est bien fait.

Comme toutes les femmes, j’aime bien prendre soin de moi, mettre de jolies choses mais cela ne détermine pas ma vie. L’essentiel c’est que je puisse avoir une vie stable et avoir les gens que j’aime autour de moi”. 

M.K: “Une femme qui a pu avoir le droit de choisir le style vie qu’elle pense lui convenir.Une femme qui peut agir sans peur d’être jugée, qui ne se sent pas obligé de ne faire que ce que veut la société.Au risque de heurter, je dirais, par exemple, qu’une femme sénégalaise épanouie est une femme qui n’a pas peur de dire qu’elle n’aime pas cuisiner !!!”.

Si je vous dis belle-famille, vous me répondez quoi spontanément ?

T.M: “Je dirai famille car j’aime pas trop le terme belle-famille. Je me dis que c’est notre famille dans la mesure où on a quitté notre famille d’origine pour celle- là. Même si, comme dans toute famille normale, il ya des hauts et des bas, elle reste notre famille. Il suffit qu’on fasse des efforts mutuels pour que cela fonctionne comme cela s’est fait avec nos mères, nos soeurs. C’est juste une concession. Si chacun de nous à la volonté de bien faire et de se mettre à la place de l’autre, quelque soit sa position, on peut vivre en toute harmonie, sans se heurter”.

M.K: “Oulalah ! Une des hantises de la femme sénégalaise! L’intégration dans la belle-famille reste toujours une question délicate à travers le monde. Il s’agit de vivre avec des personnes qui ont sans doute reçu une éducation différente de la nôtre,  qui ont une vision de la vie

M.K a souhaité témoigner en anonyme.

Rama SAKHO