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HISTOIRE: Le Sénégal, des royaumes de valeurs en péril.

par La Rédaction

Petit  pays dessinant majestueusement le nez du continent, le Sénégal se dresse tel un paon fier de son magnifique plumage et cultive sa légendaire particularité de terre d’accueil et/ou de refuge. Un ensemble de valeurs  désignées sous la bannière de la téranga empreinte d’hospitalité, d’amabilité, du sens du partage et du vivre ensemble, de l’acceptation de la diversité culturelle et cultuelle. Un capital social, humain, économique puisé essentiellement de la tradition, des us et coutumes et qui, depuis bien longtemps déjà, fait le bonheur de ses habitants qui en sont pleinement attachés. Seulement, les scandales de tout genre  et autres faits divers morbides à répétition mettent en branle la pérennité d’un tel patrimoine; rendant ainsi les sénégalais nostalgiques d’une époque qui semble avoir, définitivement, enfouie la tête sous l’eau. Focus sur quelques figures politico-sociales  qui ont marqués, par leur culte infaillible des valeurs, l’histoire du Sénégal.

Des figures de valeurs multiséculaires

Combien de fois n’avez-vous pas entendu parler du Sénégal en termes de valeurs, de vertus et de grands hommes, qu’ils fussent rois ou religieux! « Suñu maam yu baax yi » référence à “nos vertueux ancêtres” dans leur courage, leur abnégation, leur détermination dans la voie de l’honneur et de la bravoure. La musique autour de cette expression, réceptacle d’épopée glorieuses, est distillée depuis fort longtemps déjà. Une piqûre de rappel au quotidien qui n’aura pourtant pas empêché le mur des valeurs, longtemps source de fierté, de se lézarder en profondeur. De quoi  se demander à quel moment la transition s’est faite.

Pourtant, aussi loin que voguent les souvenirs,  cette terre multiséculaire de la téranga a donné naissance à des hommes et femmes valeureux qui ont longuement fait figures de référence pour la bonne marche de toute une société.

«  ma ca ben batt ba »

Amary Ngoné Sobel, Aline Sitoe Diatta, Ngoné Latyr Lat Soukabé, entre autres figures historiques,  n’ont-ils pas fait sienne la célèbre réplique de Rodrigue dans le Cid de Corneille! Faisant preuve de maturité et de responsabilité dès leur jeune âge, ces personnages ont baigné leur vie durant dans la dignité et le patriotisme. Des valeurs qui aujourd’hui sont le parent pauvre de la jeunesse sénégalaise en perdition.

L’honneur dans la jeunesse

Amary Ngoné Sobel a grandi en voyant son père, le Lamane Déthié Fou Ndiogou Fall, gouverneur du Cayor, payer chaque année une rente au Burba Djolof Lélé Fuli Fakk. Rente sous forme de sable (sol Jor), blé et toutes autres  richesses du Cayor. Irrité par la mise sous domination de son peuple, celui du Cayor et du Baol, dirigé par son oncle maternel, il entreprit, à l’âge de 15 ans, de conduire des troupes contre le puissant Burba Djolof Lélé Fuli Fakk. Cet événement, dénommé la bataille de Danki de 1549 fut la clé de libération du Cayor et du Baol de la domination du Djolof.

D’ailleurs c’est de là que vient le titre « Damel » qui veut dire “celui qui a brisé”, comme il a brisé le joug du Djolof sur le Cayor et le Baol. 

Son père Déthié Fou Ndiogou Fall devint alors le 1er Damel, mais mourut 6 jours après. Il fut remplacé par Amary Ngoné Sobel. Par là aussi, on peut noter qu’étant le libérateur du Cayor, Amary était totalement légitime pour être le Damel. Seulement,  en Afrique et particulièrement  au Sénégal, le respect de l’aîné est primordial et il lui était donc inconcevable de régner avant son père. D’ailleurs, dans l’histoire du Cayor, seul Birima Ngoné Latyr a eu à régner avant son pére le Damel Macodou. Fait tout à fait exceptionnel.

La bravoure comme la dignité sont une seconde nature au Cayor.

La bravoure comme la dignité sont une seconde nature au Cayor. Plus d’un siècle plus tard, la princesse Ngoné Latyr Fall, homonyme de la maman de Lat dior et fille du Damel Lat Sukabé vainquit l’armée des maures qui venaient attaquer le Cayor. L’histoire est d‘autant plus exceptionnelle qu’elle avait pris la décision de remplacer son père, en se déguisant comme lui.  Le Damel Lat Soukabe étant malade, Ngoné Latyr Fall dirigea l’armée contre les ennemis du royaume.

Elle avait seulement 16 ans et serait, dit-on à l’origine de l’expression « gor baax na, jigeen baax na » (litt: les garçons sont utiles, les filles sont utiles), quand après la victoire, elle se dévoile en enlevant son foulard qui cachait son visage. Cet événement est connu sous le nom de la bataille de Ngram Ngram de 1699.

L’importance de la parole donnée

Birima «  ma ca ben batt ba » (celui qui ne reviens jamais sur la parole donnée), « bu waxé ren ba la waxat dewen » (il avait coutume de ne s’adresser à ses sujets qu’une fois dans l’année, d’où l’importance et la porté de sa parole). C’est ainsi que l’on parle de Birima Fatma Thioub, grand Damel du Cayor et homme de parole réputé et respecté.

Un célèbre griot parlant de lui disait « Kaddom du tuxu » (litt : sa parole ne change jamais). Il aurait d’ailleurs transmis cette valeur à son petit-fils, Birima Ngoné Latyr qui marqua son époque par sa bravoure mais aussi par le respect de la parole donnée.

On raconte qu’un jour, Amary Mbery Tall, frère de Birima fatma Thioub, avait envoyé Birima Ngoné Latyr (qui était très jeune à l’époque), intercéder auprès de son grand-père  Meissa Teind Dior, pour qu’il le nomme Jëwriñ (gouverneur ) de Mboul .Débouté par son grand-père, Birima lui fit la promesse que s’il devient Damel, il le nommerait lui-même Jëwriñ de Mboul.

Le moment venu, lorsque le collège des électeurs refusa de le laisser destituer l’actuel Jëwriñ pour nommer Amary Mbery, il leur fit comprendre que s’il ne peut pas honorer sa promesse, il préfère refuser le titre de Damel.On lui concéda alors son désir de nommer Amary Mbery et il devint alors Damel du Cayor, succédant ainsi à Meissa Teind Dior.

Le patriotisme au péril de leur vieSeriez-vous prêtes à vous sacrifier où à vous battre pour votre pays aujourd’hui, comme l’ont fait bon nombre de résistants comme Amary Ngoné Sobel, Ngoné Latyr , Lat dior etc … ? C’est ce qu’a fait Aline Sitoe Diatta. qui a commencé sa résistance contre les colons à l’âge de 20 ans.

Elle avait quitté sa Casamance natale pour aller chercher un travail à Dakar, vers l’âge de 18 ans. Aline Sitoe Diatta entraînera son peuple dans un mouvement de désobéissance civile. Elle encourage chacun à refuser de payer l’impôt, à abandonner la culture des arachides voulue par les Français au profit de celle du riz, à refuser de s’enrôler dans l’armée française, à rejeter la culture du colon. Bref à désobéir de toutes les manières possibles.

La Reine de Cabrousse

Aline Sitoe Diatta prônait un retour aux sources en réhabilitant d’anciennes coutumes et prières, et en en instaurant de nouvelles. Elle gagne une réputation de prêtresse et de prophétesse. Son influence grandissante inquiète l’administration coloniale qui la décrète rebelle et insoumise. Elle se rendra finalement d’elle-même pour éviter la mort d’innocents.

Aline Sitoe Diatta est arrêtée avec son mari, en mai 1943. Jugée, elle est condamnée à la déportation et emprisonnée au Sénégal, en Gambie, au Mali.Aline Sitoé Diatta meurt en 1944 dans sa prison à Tombouctou, au Mali, d’un scorbut vraisemblablement contracté à la suite de privations et de mauvais traitements. Elle n’avait que 24 ans.

Le patriotisme a aussi conduit Lat Dior à la mort. Après plus de 26 ans de résistance contre les colons, il est allé faire sa dernière bataille à Dekhlé. A Serigne Touba, le fondateur du Mouridisme qui lui aurait prédit

sa mort, Lat Dior lui aurait répondu : « Mbacké dañu ma ni yawa yawa , ba mëna tu ma délu ginaw »  »  A travers  ses paroles lourdes de significations, il voulait dire par là, que l’espoir de tout son peuple reposait sur ses épaules et que par conséquent, son sens de l’honneur et du devoir ne lui permettait pas de faire machine arrière.

Par ailleurs, il était aussi insupportable à Lat Dior de se faire, encore une fois, exilé de son propre Royaume. Il était le Cayor lui-même, et le Cayor ne pouvait pas quitter le Cayor, sur la volonté d’un étranger.Il tomba à la bataille de Dekhlé en 1886.

Cayor et Bao : anciennes royaumes du Sénégal
Djolof: puissant Empire du sénégal qui englobait les États du Cayor, Baol, Walo, Sine, Saloum, le Tekrour Fouta-Toro, le niani et le Bambouk.
Dekhelé: célèbre lieu où Lat Dior a combattu les Français pour la dernière fois.
NDLR: les termes en wolof sont importantes pour conserver le poids des expressions.

Metisse Noire
Fondatrice de Black Ego – Plateforme de valorisation de la culture et de l’histoire de l’Afrique.

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