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INTERVIEW: Sociologie de la procréation et maternité africaine.

par La Rédaction

«Le pouvoir de procréation donne toute sa place à la femme africaine qui est reconnue à travers cette maternité. C’est important d’être soi-même, de savoir d’où l’on vient; mais c’est aussi important de savoir comment le concilier avec d’autres réalités.»

Pouvez-vous revenir sur la manière dont sont perçues, dans leur pays d’origine, les femmes migrantes ?

La migration a longtemps été perçue comme une migration de type  familiale. Ce qui fait que les femmes ont été longtemps perçues, uniquement, comme des épouses et des mères qui rejoignent leurs époux. Aujourd’hui, on s’est rendu compte que cette vision n’est pas conforme à la réalité. On a d’autres types de femmes migrantes qui partent seules où avec leurs maris pour travailler dans un autre pays. Ce qui fait que nous avons, désormais, des femmes migrantes qui sont économiquement et socialement indépendantes et qui partent pour soutenir la famille restée au pays.

Quel regard a-t-on de ces femmes qui partent parfois seules  pour trouver de meilleures conditions de vie ?

Aujourd’hui, les données ont changé. Avant, ce n’était pas très bien vu. Mais nos sociétés ont très évolué, de telle sorte que maintenant on accepte que les gens partent parce qu’on a de plus en plus de femmes autonomes. Ce qui fait que les femmes sont considérées comme des pourvoyeurs de revenus. Et c’est pour cette raison que certaines familles vont jusqu’à financer les voyages afin qu’elles puissent  prendre en charge leurs besoins. Les rôles évoluent et, à ce niveau là, les sexes n’influent pas trop.

Cet aspect est facilité aussi par les étudiantes qui partent  poursuivre leurs études à l’étranger. Cela ne gêne personne. C’est même un investissement. Tout ceci pour dire  que les femmes sont soutenues par leur famille pour trouver du travail, trouver des opportunités afin de les prendre en charge. Des études ont montré que 90 pourcent des  femmes qui travaillent  soutiennent entièrement la famille.

Sous un autre registre, nous savons que la maternité  est une étape cruciale pour les couples en général et la femme en particulier. Qu’est ce qui  fait que l’imaginaire qui entoure la maternité ne s’estompe pas lorsque les gens quittent leur pays d’origine pour s’installer ailleurs avec des réalités différentes ? Qu’est-ce qui fait également que le statut de mère prenne le dessus sur celui d’épouse ?

Il faut savoir qu’en Afrique, on se marie pour avoir des enfants. La procréation reste une finalité  dans le mariage. Même si on migre, on ne peut pas se détacher complètement de sa culture,  dans la mesure où la culture c’est ce qui fait la spécificité  d’un groupe. C’est l’âme du groupe. On ne peut se détacher métaphoriquement parlant de cette âme là dont une grande partie subsiste en chacun des membres du groupe. C’est pour cela qu’il est très difficile de s’en départir. Et donc,  qu’on soit en France, aux Etats-Unis ou ailleurs, on reproduit, par des  réflexes, des attitudes, des aptitudes, notre culture. Ce qui fait que je suis sénégalaise, même si je vis aux Etats-Unis.

Ce qui fait par exemple la différence entre une sénégalaise et une japonaise vivant toutes les deux en France, n’est rien d’autre que cette culture qui vous suit et dont on ne peut se départir. Et dans la culture africaine, la maternité  a une grande importance puisqu’elle est considérée comme un pouvoir. Le pouvoir de procréation donne  toute sa place à la femme africaine qui est reconnue à travers cette maternité. Donc  ce qui fait que la maternité est une étape cruciale dans la vie d’un couple même si ce couple vit à l’étranger, cela le poursuit.  A préciser aussi que même si on vit ailleurs que dans son pays, on est en  permanence encontact avec  le pays d’origine grâce aux numérique. Une vitrine qui fait que le quotidien de ses femmes migrantes est suivi par la famille restée au pays.

Justement par rapport  à cette prégnance de la culture, on constate que les femmes migrantes une fois enceintes  sont tiraillées entre la conformité à leur culture et les réalités qu’elles vivent au quotidien dans leur pays d’accueil. Quelle analyse en faites-vous ?

l y a ce choc culturel qui fait que l’on n’arrive pas à se départir de sa culture.  C’est important d’être soi-même, de savoir d’où l’on vient, mais c’est aussi  important de savoir comment le concilier avec d’autres réalités, savoir comment évoluer dans ce nouveau espace qu’est le pays d’accueil qui a ses règles, ses coutumes, ses modes de fonctionnement. Savoir où commencer et où s’arrêter, voilà le défi. Mais c’est des choses que chacune, prise individuellement, doit évaluer  pour savoir ses limites pour ne pas déranger ou choquer le pays d’accueil, tout en se sentant bien en tant que sénégalaise par exemple. Il faut de toute façon savoir que quoique vous fassiez vous allez toujours être considéré comme une étrangère  mais  il faut savoir concilier tout cela pour ne pas se déconnecter de la famille tout en travaillant à l’intégration dans le pays d’accueil.

Vous parlez de la maternité comme un pouvoir pour la femme. Les femmes stériles  dans bien des cas  se voient abandonnées par leurs maris. Qu’est ce qui selon vous bloque le changement de mentalités à ce niveau même pour les personnes qui vivent à l’étranger ?

Une collègue chercheuse anthropologue a travaillé sur la question et en est arrivée à la conclusion selon laquelle il y a une féminisation de la stérilité.  Ce qui fait que quand un couple n’a pas d’enfant, les projecteurs sont braqués  sur la femme pour lui dire d’aller se soigner. Donc la culpabilité, la responsabilité, dans un premier temps,  incombe entièrement à la femme. D’ailleurs, les premières démarches comme aller à l’hôpital ou chez le marabout sont faites par les femmes. Et c’est après qu’on leur demande de faire venir le mari pour voir ce qu’il y a. Le mari se voit mal endosser cette responsabilité puisque pour lui, il incarne la virilité et la masculinité.

La procréation est une finalité dans le mariage encore une fois. Les gens se marient  pour avoir des enfants et quand on n’a pas  d’enfant, il y a cette pression sociale qui est là. Le changement de mentalité, par contre, est quelque chose qui se projette sur le temps. C’est quelque chose qui évolue dans le temps, le très long terme. C’est très difficile. Si  on vous inculque des aptitudes, des valeurs  c’est tellement fort même sans la pression sociale. Ce sont des réflexes, des références. C’est une question de référentiel qu’il faut respecter. C’est vrai que la pression est là, mais le référentiel prend le dessus sur elle.

A coté de la féminisation de la stérilité, il y aussi une féminisation de la maternité qui fait qu’on le considère uniquement comme une affaire de femme qui n’implique pas forcément l’homme. Il peut prendre en charge l’aspect financier mais l’homme, en général, ne s’implique pas outre mesure.

Ce  comportement est-il d’ordre culturel ou pas ?

A ce niveau là, le poids culturel joue énormément. La maternité est une affaire de femme. D’ailleurs, dans les sociétés traditionnelles, les femmes géraient  en cachette leur maternité et tout ce qui a trait également  aux interdits.  La maternité entre également dans le champ de tout ce qui sexualité qui doit être gérée par la femme. C’est comme par exemple les règles. C’était quelque chose qu’on ne partageait pas. Ce qui fait que dans certaines sociétés on disait que si un homme voit les règles il peut devenir  aveugle.  Donc les hommes ne sont pas bien impliqués. Il y a ce poids culturel  dans tout cela  qui fait que les hommes ne se sentent pas concernés directement. C’est pourquoi les politiques publiques au Sénégal et dans beaucoup de pays africains travaillent à associer d’avantage les hommes  dans tout ce qui est maternité, moyens de contraception,  éducation des enfants, accompagnement de la femme  dans la grossesse,  etc.

On parle de la monétisation de la maternité de plus en plus et on pointe du doigt les femmes migrantes qui ne feraient des enfants que pour oucher l’aide sociale.  

toutes ces femmes qui se battent au quotidien pour subvenir aux besoins de leurs familles. Qu’est ce qui explique une telle perception ? Est-elle justifiée ?

Je ne vais pas trop m’aventurer là-dessus dans la mesure où je n’ai pas fait de recherche sur la question. Cependant, je peux dire que c’est une perception étrangère car si on pousse la question,  on verra qu’en Afrique et pour ce qui est spécifiquement du Sénégal, la moyenne d’enfants par femme est de 4 à 5. C’est en gros la moyenne de l’Afrique de l’ouest. Les femmes de ses pays qui partent à l’étranger vont reproduire le même schéma. Le pays d’accueil peut avoir cette perception pécuniaire de la question, mais je ne pense pas qu’il ne s’agisse que de cela dans la mesure où même les indemnisations ou allocations ne suffisent pas.  Les migrantes, comme les migrants, sont des pourvoyeurs de revenus pour les familles au pays. Les gens ont donc besoin de travailler. La Diaspora, dans beaucoup de pays, est très bien positionnée dans le milieu de la recherche, dans les milieux  stratégiques. De ce fait, ce n’est pas une Diaspora attentiste. Elle est très active et  c’est pour cette raison que je reste très mitigée sur cette question.


La Pma, une chance pour les couples infertiles

Appelée également assistance à la procréation, elle permet de concevoir un enfant grâce à l’insémination artificielle ou la fécondation in vitro (Fiv). Au terme d’un bilan de fertilité qui précise les réalités et les causes de l’infertilité, le couple suit un traitement adapté en vue d’enfanter.

MAME SAYE DIOP

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