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L’entreprenariat féminin : focus sur un retour réussi au bercail

par La Rédaction

Le retour définitif  au bercail après plusieurs années à l’étranger a toujours été un sujet complexe. Aujourd’hui, beaucoup de femmes souhaitent retourner dans leur pays d’origine pour y investir, mais le problème majeure soulevé reste le même : se réadapter aux réalités culturelles de la société sénégalaise. En effet, pour entreprendre au Sénégal, il faut s’armer d’une bonne dose de  patience et de courage. Yacine Ndiongue, femme à multiples casquettes n’a pas hésité à s’armer de ces deux qualités afin de réussir au mieux son retour . Elle nous raconte son parcours de femme entrepreneur après son retour au Sénégal il y’a de cela quatre ans.

Présentez vous à nos lecteurs

Je m’appelle Yacine,  plus connue sous le nom de Yass hair. Je suis franco-sénégalaise, fille unique et fille à papa. La trentaine, j’ai grandi à Dakar, mariée et maman de trois enfants. Titulaire d’un master, j’ai été technicienne supérieure en comptabilité pour le compte du conseil général des hauts de Seine en France.

Depuis combien de temps êtes-vous entrepreneur?

Quelques années seulement au poste de comptable m’ont suffi pour me rendre compte que j’étais faite pour entreprendre. C’est ainsi que j’ai mis fin à mon travail et créé ma première entreprise.

Dans quel domaine évoluez-vous?

Qu’est-ce qui vous a poussé à penser à  votre propre business?

Mon dynamisme, mon autonomie, ma passion d’entreprendre dans la coiffure m’ont poussé d’abord à créer une boutique en ligne de vente de cheveux naturels et la confection de perruque à domicile en 2013. S’en est suivie l’ouverture d’une boutique à Dakar,  au quartier Sacré Cœur 3 en 2015.

Cette entreprise a commencé en france, ensuite vous déposez vos bagages au Sénégal dans votre pays d’origine.  Pourquoi ce choix?

Beaucoup de lectrices seront sans doute surprises de voir que j’ai quitté un bon poste en France pour revenir au bercail, mais je voulais voler de mes propres ailes.

Ce retour a t-il été facile  avec le changement de culture mais aussi de mentalités ?

A cette période, les cheveux naturels n’étaient pas répandus et coûtaient très chers,  il fallait donc très vite occuper le marché avec des prix attractifs.

Par ailleurs, il n’y a rien de plus motivant que d’entreprendre à côté de ses proches qui vous soutiennent, tel était mon cas.

Je suis rentrée aussi à Dakar avec mes enfants et mon mari avec un autre projet dans la tête.

Cette vision de la société sénégalaise sur la femme qui doit rester au foyer pour gérer son mari et ses enfants n’a pas suscité de peur chez vous ? 

Le retour n’a pas été compliqué. On s’est réintégré très vite du moment où j’avais du temps que pour le travail et par principe je n’allais presque pas aux nombreuses invitations de cérémonies. 

Après quelques années au Sénégal comment évaluez-vous votre travail? 

J’ai été agréablement surprise de constater que les femmes sénégalaises sont très actives. L’autonomisation de la femme sénégalaise est devenue une réalité. De nos jours, les femmes sénégalaises se battent sur tous les secteurs de l’entrepreneuriat et c’est ce qui a augmenté ma détermination à croire plus en moi même.

Aujourd’hui, un autre projet est né et vous avez créé votre deuxième entreprise, pouvez-vous nous en dire plus?

Après des débuts satisfaisants, à travers des publicités sur les réseaux sociaux, des émissions télévisées et de bouche à oreille, la boutique Yass Hair continue son évolution et c’est sur cette lancée que la deuxième entreprise est née : la boucherie de la ferme de Thieppe.

Donc grâce à ma nature innovante et persévérante, j’ai ouvert  une 1ère boucherie moderne sur la VDN à Dakar : une fierté. Ce projet qui me tenait tant à coeur a vu le jour.

Notre boucherie moderne  propose à ses clients de la viande de qualité spécialement veau, agneau, volaille et charcuterie provenant de notre propre ferme qui se trouve à Thieppe, village de mes grands parents dans la région de Diourbel. L’hygiène et la chaîne de froid sont respectées et nous proposons une découpe professionnelle avec du matériel haut de gamme et groupe électrogène pour faire face aux coupures de courant.Une année plus tard, la deuxième boucherie aux Maristes a vu le jour. 

La boucherie de la ferme de thieppe a obtenu l’agrément du Ministère de l’élevage, nous avons d’ailleurs échangé avec le ministre de l’élevage qui nous a encouragés et souhaités bon vent.

Quelles sont les difficultés rencontrées pour créer et gérer au quotidien une entreprise au Sénégal ?

Certes dans toutes nouvelles entreprises, on rencontre des difficultés et avec la création des boucheries modernes, je voulais tellement bien faire que je n’ai pas mesuré l’ampleur des charges qui sont très importantes : les loyers chers car il nous fallait un local spacieux, l’électricité très coûteuse au Sénégal, la non exonération ou allègement par l’état des charges pour les premières années d’existence.

Beaucoup de personnes pensent que le métier de boucher n’est destiné qu’aux hommes au Sénégal mais je suis arrivée à m’imposer dans le milieu.

Je me souviens aussi que je voulais moderniser la vente de la viande en faisant des livraisons à domicile. Au début c’était impensable pour les clients mais maintenant c’est devenue une réussite et les clients préfèrent même la livraison maintenant que la confiance est établie.

Comment faites-vous pour allier la gestion de deux entreprises et votre foyer ?

Ici à Dakar, on a une chance d’avoir une femme de ménage, la famille proche qui nous aide avec les enfants, le travail ne m’empêche pas aussi de gérer mon homme comme il faut. Le grand avantage que j’ai c’est de l’avoir à mes côtés 24h/24 (rires) puisque nous travaillons ensemble.

Si vous devriez donner un conseil aux femmes qui rêvent de retourner aux pays pour travailler à leur compte, ça serait quoi?

Beaucoup ont perdu l’habitude de vivre en Afrique mais il ne faut pas avoir peur d’investir et de travailler en Afrique. Nombreux sont ceux qui finissent leurs études et restent en Europe alors qu’il y’a tant de domaines dans lesquels on peut investir, tant de choses à faire en Afrique. Il faut venir déterminé, avoir des principes et ne pas se faire embarquer dans les futilités.

Aujourd’hui, quatre ans après la création de la boucherie, je peux être fière de participer à la sécurité alimentaire de mon pays et d’apporter à la population de la viande de qualité fraîche et tendre qui respecte les conditions d’hygiène.

Marie Henrie SARR CESBRON

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