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Portrait: la Ferme biologique Cheikh Anta

Aminata Monteiro SAMB: La femme qui porte le rêve de Cheikh Anta Diop.

Il faut bien l’admettre, la vie se joue bien parfois de nous!

En foulant le tarmac de l’aéroport de Dakar, il y a 7 ans, après deux décennies d’absence, elle était loin de s’imaginer qu’elle allait découvrir ce pourquoi elle avait tout laissé pour s’exiler en France en quête d’une vie meilleure.

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Et pourtant, ce à quoi Aminata Montero Samb était destinée était juste sous ses yeux, mais comme une quête initiatique, il lui faudra 20 années pour s’en rendre compte et trouver sa voie.

 

Une série de questions sur le sens de son combat font le pied de grue dans sa tête, se bousculent et s’entrechoquent lorsqu’elle arpente les rues de Dakar dans l’espoir de trouver de meilleures conditions de vie que celles qu’elle avait laissé pour tracer son destin à six mille lieues de là, il y a deux décennies.

Désillusion et mal être! Désespoir et chagrin! Voilà les seuls mots qui font échos dans sa tête devant le spectacle insoutenable de ce petit mendiant aux pieds nus qui demande sa pitance journalière et celui de cette vieille dame, la soixantaine révolue qui n’espère sa dépense quotidienne qu’avec les maigres ressources de la vente de ses sachets d’eau. Deux fleuves de désillusions qui se jettent dans l’océan de détresse que retrouve cette mère de famille déterminée, mais qui suffiront à lui insuffler un déclic. Aminata Monteiro Samb cache mal sa surprise:  » Je suis rentrée dans mon Sénégal natal et je me suis rendue compte que rien n’a changé. Ce que j’avais laissé 20 plutôt s’était empiré. » La culpabilité de s’être expatrié « pour rien », ce sentiment « d’avoir trahi les siens en migrant » il y plusieurs années déjà lui font l’effet d’une grosse claque à la figure.

 

Un réveil des plus douloureux qui, paradoxalement, sera un nouveau départ pour celle qui refuse désormais la fuite: » Je me suis faite la promesse de ne plus fuir, d’assumer les conséquences de mes actes et d’affronter la réalité. » Après des années à se chercher,

c’est donc un voyage aux sources qui fera briller l’étincelle. Ce qui était censé n’être qu’une bouffée d’air loin du bouillonnement occidental où elle avait fait sa vie, sera la révélation.

 

Cette cuisinière qui a toujours eu la fibre entrepreneuriale car elle avait son propre restaurant à Nantes, ne cessera dès lors de se demander comment faire pour aider, inverser la tendance et donner aux sénégalais la possibilité de manger, mais pas à n’importe quel prix. Soucieuse de l’environnement et de la santé des personnes, c’est vers l’agriculture biologique que la nantaise d’adoption se tournera. Elle poursuit: « Je devais faire quelque chose pour changer mon pays et aider la population à vivre dans de meilleures conditions.

Après réflexions, la réponse était évidente. Je devais me lancer dans l’agriculture parce qu’un homme qui ne peut pas manger, ne peut rien faire d’autre. Mais attention, pas n’importe quelle agriculture. Une ferme biologique et d’expérimentation parce que oui, je rêve du développement de mon pays, mais pas à n’importe quel prix. » Une audace qui portera ses fruits.

Le rêve grandeur nature se veut un vecteur d’emploi pour des centaines de senégalais. Il pose les premiers jalons de sa concrétisation dans la région de Thiès. Niché dans la commune de Darou khoudosse, le village de Keur Khar lui ouvre alors un flan de 20 hectares où elle pose ses baluchons et passe à la vitesse supérieure. Pour la première année de cette aventure qui a débuté en 2013, les villageois ont été au premier rang des bénéficiaires. La quarantenaire qui a ouvert son projet à une collaboratrice, Hélène, avec qui elle partage les mêmes soucis d’éthique et d’équité confie: » Pour cette première année test, on a créé de l’emploi avec les villageois. J’ai employé des femmes, des jeunes et je leur ai transmis mon savoir.

Avec Hélène nous avons pu redonner espoir à tout un village. Mais notre engagement va bien plus loin que ça »

 

Le projet qui ne se veut pas qu’alimentaire voit plus grand d’ailleurs. Donner accès à l’éducation et aux soins, entre autres est une priorité pour Aminata et son associée:  » L’état du village actuel nécessite une base, inexistante jusqu’ici. Nous souhaitons construire des salles de classes selon les besoins, construire un dispensaire et prendre en charge le repas de midi des enfants du village de keur khar inscrit dans la ferme. C’est le minimum que je dois à mon pays. »

Seulement « la covid 19 a mis sous perfusion le projet. », souffle cette passionnée de balade à cheval, de poterie et de lecture.

 

Comme tous les secteurs d’activité d’ailleurs, elle n’épargne pas la ferme Cheikh Anta. La pandémie met à l’arrêt ce projet visionnaire qui a nécessité de très gros investissements financiers: » Avant la covid et l’arrêt de 70% des industries, j’étais super heureuse parce que nous avions réussi à acheter les derniers outils qu’il nous manquait pour la ferme Cheikh Anta. Des outils d’une valeur de 50.000 euros. Aujourd’hui, nos outils se retrouvent bloqués et nous avons besoin de plus de fonds pour acheminer le matériel au Sénégal et continuer notre rêve. Parce que je suis convaincu qu’il n’y a pas de petit geste quand on est 60 millions à le faire. Je compte sur vous, sur toi, ne serait-ce que pour partager mon rêve,parce que tout comme les déclics, les miracles existent. »

 

Mais Aminata Monteiro Samb en est convaincue: pandémie ou pas, le soutien participatif pourrait faire battre à nouveau cet autre poumon vert du Sénégal qu’elle compte maintenir en vie.

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