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Zoom sur Aïssata Sow Mercereau

par La Rédaction

“L’intégration par la culture”.

Pour ce premier  numéro, notre rubrique “Zoom sur” s’intéresse à l’intégration des “fatous fatous” dans leur pays d’accueil. Nous avons rencontré Aissata SOW Mercereau qui nous explique comment  son intégration s’est  faite en France plus précisément dans la ville de Nantes, elle nous parle également de son association créée en  2017.

Présentez-vous:

Je m’appelle  Aïssata SOW MERCEREAU, j’habite en France depuis décembre 2012.Titulaire d’une licence en Animation  Culturelle  à  L’Ecole Nationale des Arts de Dakar, j’ai voulu me spécialiser dans la communication en m’inscrivant une fois arrivée en France dans une licence en Communication/Marketing, option événementielle.

J’ai travaillé au Ministère de la Culture du Sénégal, notamment comme chargée de communication  au Centre Culturel  Blaise Senghor  et à  la Direction de la Cinématographie.J’ai fait de la radio,  de la télévision, et aussi maîtresse de cérémonie d’événements, je continue d’ailleurs d’en faire.Parallèlement, je travaille comme Assistante d’éducation dans un lycée  sur Nantes.

Vous êtes une femme sénégalaise résidante en France,   Votre intégration a t-elle été évidente ?

Alors oui et non,Oui, parce que mon mari m’a bien aidé surtout avec les codes culturels, parce que même si je parle bien français, la différence culturelle est énorme.

Non, parce que j’ai mis presque trois ans pour vraiment me dire que j’habite en France maintenant.Ce qui a été compliqué, c’est de refaire sa vie, c’est comme s’y on retournait à la maternelle, on doit tout réapprendre.

Ensuite, vient le moment, où on doit trouver du travail, c’est  l’étape  la plus difficile pour moi, je n’arrivais pas à trouver dans mon domaine, donc ça voulait dire mettre de côté ma passion, mon travail, mes études, pour partir sur autre chose.Ce qui est le cas, je pense de beaucoup d’expatriés, et c’est très dur.Et ce qui me manquait le plus, c’est la famille, les amis, ces petits  moments de partage… Bref, la vie à la sénégalaise.

Tout cela  a mis des années à se mettre en place, et j’avoue qu’il y a eu des moments de pleure et se dire qu’est-ce que je fais ici?Je doutais beaucoup, mais maintenant ça va de mieux en mieux.

Selon vous comment peut on réussir d’une manière générale une   intégration dans son pays d’accueil ?

C’est  possible, mais long et il faut beaucoup de patience.Il ne faut pas se voiler la face, c’est un processus qui peut être douloureux mais possible.Comment ?Il faut être bien entouré, faire des efforts d’intégration, c’est-à-dire s’intéresser à la culture, faire ses démarches administratives soi-même, si possible s’intéresser au maximum à la vie locale et associative. Il faut aussi avoir des liens avec la communauté sénégalaise, parce que c’est hyper important, mais aussi ne pas s’enfermer dans le communautarisme. En gros, il faut créer des liens, être curieux et ne pas oublier d’où l’on vient.Et quand le moral est un peu bas, écouter du bon vieux “mbalax”, ça peut toujours aider…

Vous êtes responsable d’une association. Pouvez-vous nous présenter son objectif et ses activités?

« Art à Conter» c’est une association qui invite à la promotion et la valorisation de la citoyenneté

et du “vivre ensemble”, à travers le partage de nos cultures et de nos histoires.Il nous a semblé important de raconter, rencontrer et comprendre l’autre  à travers les arts de la parole, de l’écriture, de la musique, de la danse et du chant, de l’audiovisuelle de création et de la relation vivante.L’objectif, est, le temps d’un spectacle, de partager, d’apprendre à se connaître, dans la joie et la bonne humeur.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer « Art à conter », votre motivation?

Ce sont d’abord des questions légitimes et qui nous semblaient importantes qui nous ont guidés :

  • Quelle représentation nous faisons-nous de la société de demain?
  • Souhaitons-nous une société où les individus vivront dans une certaine incompréhension de l’autre, croyant uniquement aux stéréotypes ?
  • Dans notre monde et nos sociétés actuelles, comment allier le triangle “identité, culture et communication” ?

La réponse est évidente pour nous, nous souhaitons une société ouverte et dynamique, qui prône le partage de nos cultures, de nos valeurs et histoires.

La motivation fut notre envie de partager notre passion : organiser des événements culturels, comme nous faisions au Sénégal.

Quelles activités avez-vous eu à organiser depuis sa création ?

Depuis 2018, nous organisons “ La Nuit de la Téranga”, qui est devenue un rendez-vous annuel de l’association inscrit au niveau de l’agenda culturel de la Ville de Nantes.Nous collaborons aussi avec les autorités de la Ville, en organisant ou participant à des événements, comme le “temps forts sénégalais”, en animant des ateliers autour de nos cultures.Nous avons un projet qui est en cours, sur le 10 mai, qui est la journée commémorative de l’abolition de l’esclavage. Sur ce dernier, nous allons travailler avec des lycéens.

Nous accompagnons des associations, sur l’organisation de manifestations (conception et réalisation de projets, communication…). Avec les artistes, nous faisons du management.

Quelle est la typologie des membres de l’association?

Les membres sont de tous origines, français, sénégalais, gabonais etc.Ce n’est pas une association sénégalaise, mais interculturelle, donc ouverte à toute personne qui partage ses valeurs.

Art à conter est-elle selon vous un pont entre la culture française et sénégalaise ? Voyez vous la culture comme un puissant levier pour lutter contre la discrimination et le racisme?

Son ambition est d’être un pont entre les différentes cultures.Je suis convaincue que la culture est un puissant levier pour lutter contre tous ces maux.

L’idée est de mieux connaître l’autre, et à travers les arts ( musique, danse, théâtre et autres), on peut plus facilement y arriver.Et l’association a pour but, chaque année de faire découvrir deux cultures, qui n’ont, à priori, de point commun.A partir de là, on crée un lien, entre des personnes d’origine différentes, pour faire disparaître les “peurs de l’autre” qui sont souvent liées à une méconnaissance des autres et de leurs cultures.

Quels sont les problèmes que vous pouvez rencontrez pour la bonne marche de l’association ?

Les difficultés sont essentiellement d’ordre financiers, pour trouver les fonds pour mener à bien l’événement, mais aussi rémunérer les artistes.Pour nous, il est important que les artistes et les différents partenaires s’y retrouve financièrement.

Quels conseils pouvez-vous donner aux femmes qui hésitent  à entreprendre en Europe et qui ont du mal à s’intégrer?

Pour moi, il faut d’abord régler la question d’intégration, c’est impératif.Ensuite, il faut une bonne dose de confiance en soi, de l’audace, et être sûr de son projet.
C’est faire l’étude du marché, connaître ses cibles, ça peut-être un moyen de savoir si son projet est viable ou pas, avant de se lancer.

On peut avoir des échecs, ceci ne doit pas nous freiner, ils peuvent être source de motivations.Comme on dit : apprendre de ses erreurs, de ses échecs et se relever, ne rien lâcher.

Quels sont vos objectifs pour les prochaines années ?

Dans l’immédiat, j’ai un projet en lien avec les artistes et acteurs culturels que je vais dévoiler sous peu.Je réfléchis beaucoup à reprendre mes études, me spécialiser plus encore en communication, réseaux sociaux, pourquoi pas un master.

J’ai un projet dans la communication et le management que j’aimerai réaliser un jour au Sénégal, afin de contribuer au développement de notre pays.Ensuite au niveau associatif, nous avons beaucoup de projets qui sont en cours, et nous vous tiendrons au courant, promis!

Un mot sur Nantes votre ville d’accueil ?

J’adore cette ville parce que culturellement, elle bouillonne, riche en événements, et chacun peut y trouver son compte.Ensuite, c’est une ville très métissée, ouverte et dynamique.

Pour les familles, c’est vraiment agréable  à vivre, surtout quand on a des enfants (transports, écoles, sorties), et on l’aime chaque jour davantage.

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