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ZOOM SUR: LA MONTÉE EN PUISSANCE DES PRODUITS EXOTIQUES AFRICAINS SUR LE MARCHÉ INTERNATIONAL.

par La Rédaction

Il fut un temps où l’on rêvait des plats du terroir. On guettait juste un petit break pour prendre un vol et profiter des délices du pays,  dans la chaleur familiale. Mais ça, c’était avant! Féculents, légumes, poissons et autres épices et condiments se trouvent facilement dans les magasins ne vendant que des produits africains acheminés dans le vieux continent et particulièrement en France par bateaux ou en avions.
Au pays de la gastronomie,  les saveurs exotiques se frayent une place en se positionnant également dans le commerce en ligne, pour conquérir les papilles avides de découvertes et fidéliser ceux qui s’y connaissent déjà.

Un marché en perpétuel devenir

Marché Gouro d’Abidjan, Calebasse, Exotique Togo… Malgré la consonnance africaine de ces noms, vous n’êtes dans aucune des rues ou marchés du continent, mais bien à Château Rouge, dans le 18ème arrondissement de Paris. Le royaume des échoppes et autres épiceries proposant des produits venant du continent africain et qui sont très prisés des communautés fortement attachées à leurs traditions culinaires.

Les produits d’importation alimentaire africaine,  communément appelés produits exotiques, sont désormais à portée de main dans les pays occidentaux où vivent de plus en plus d’africains. De Château d’Eau à Château Rouge en passant par Barbesse, triangle des saveurs où la Diaspora africaine à Paris à ses habitudes, les boutiques qui vendent et font la promotion de ce genre de produits se disputent à longueur de journée les nombreux clients qui viennent s’y approvisionner.

Mariam est une inconditionnelle de ces coins bouillonnants,  particulièrement  la célèbre enseigne sénégalaise, Calebasse, où elle fait régulièrement ses emplettes  lorsqu’elle se décide à cuisiner sénégalais. Habitant la banlieue parisienne, son choix de privilégier la qualité plutôt que les prix explique tout le chemin qu’elle parcourt pour se fondre dans cette ambiance  savoureuse que l’on ne retrouve pas forcément dans les supermarchés près de chez elle. Même si  de plus en plus de grandes surfaces disposent de coins exotiques, on y trouve cependant, que quelques produits antillais et de rares produits africains.

La forte demande de ces produits émanant aussi bien des africains que des découvreurs de goût explique la diversifications des moyens de distributions. Et même si dans le métier l’omerta est de rigueur sur les gains accumulés, ce marché juteux suscite les envies et soumet ce secteur à une concurrence très rude.

Le E-commerce, un  circuit de distribution de plus en plus prisé

La recherche de nouvelles sensations et le besoin de varier les goûts font également que  d’autres communautés s’intéressent aussi à ces  produits venus d’ailleurs. Madame Séne de Senedélices, une plateforme en ligne spécialisée dans la livraison à domicile de petites saveurs nous révèle : « nous comptons six nationalités parmi nos clients dont des français. (..) ». D’ailleurs, la restauration proposant des plats ethniques ou communautaires concoctés avec les produits locaux  africains fait son bonhomme de chemin et mise aussi sur une clientèle d’horizon assez divers.

Le développement fulgurant de ce marché s’est  soldé par sa décomposition en réseaux qui se complètent au bonheur des consommateurs. Ainsi donc, emboitant  le pas aux magasins établis un peu partout dans les villes de la banlieue et en plein centre de Paris, des distributeurs indépendants, souvent des Gp et autres personnes à la recherche de revenus complémentaires ou qui en font leur activité principale,  investissent ce champ. Le besoin de se retrouver culturellement et de sortir du carcan réducteur de l’exotisme,  nécessite et explique donc l’expansion et la modernisation du marché qui conjugue, désormais l’achat en ligne ou par téléphone et la livraison à domicile.

Pape, un importateur sénégalais qui s’adonne à ce commerce parallèlement à son travail, mise sur la qualité et la traçabilité de ses produits directement venus de sa Casamance natale. Proposant à 27 euros le kilos de guedj ou poisson séché par exemple, indispensable au fameux thiep ou riz au poisson sénégalais, il assume ses prix et les justifie par la qualité qu’il propose : « si on veut quelque chose d’irréprochable, il faut forcément mettre le prix. Je vais moi-même en casamance choisir les produits auprès de personnes de confiance et assurer leur conditionnement afin d’offrir le meilleur goût aux consommateurs. Mes clients m’appellent et sont directement livrés chez eux ». Avant d’ajouter entre deux éclats de rire : « j’aide beaucoup de femmes à stabiliser leur ménage grâce aux produits que je leur vend et qui  leur permettent de concocter des plats succulents à leur mari. »

A l’image de Pape dont le circuit de distribution ne cesse de s’agrandir au travers de clients qu’il a fidélisé et le solide réseau qu’il s’est forgé, Senedélices, l’autre visage du « made in Sénégal »,  passe en grande partie par le e-commerce pour écouler ses produits.

Madame Dibor Ngom Ba Sène qui met l’accent sur la qualité des produits explique ce choix du digital par un réel besoin des consommateurs. » Pour fidéliser sa clientèle il faut proposer une gamme de produits de qualité. Un questionnaire tout récent que nous avions proposé à notre clientèle montre clairement que plus de 80% de nos clients veulent se faire livrer chez eux. »
D’autres plateformes en ligne comme le géant Amazon s’investissent également dans les produits exotiques en proposant des épices, condiments et autres produits comme le fameux moringa, devenu, en un temps record,  la tendance exotique du moment.

Le métissage culturel donc, associé au besoin et à l’envie de s’ouvrir à d’autres saveurs culinaires,  est une chance énorme pour le marché qui quitte doucement le terrain de l’exotisme pour entrer dans les habitudes culinaires de tous les jours. Même si du chemin reste à faire encore pour que dans les supermarchés, les produits africains gagnent leur place en rayon comme ceux asiatiques, américains, mexicains et autres pour enfin sortir de l’exotisme et n’être plus que des produits de consommation courant à la portée de tout un chacun. Une ouverture qui ne peut toutefois pas se faire sans une professionnalisation poussée du secteur et une labélisation des produits.

La  très sérieuse concurrence des commerçants chinois et hindous

Man working at a supermarket restocking the shelves and wearing a facemask – COVID-19 lifestyle concepts

Plus on s’enfonce dans la périphérie parisienne, plus on retrouve des magasins de produits africains. Seulement, en dehors de Paris, où ils coiffent ce commerce, peu d’africains gèrent directement la vente de produits qui viennent pourtant du continent. Ce commerce dans la banlieue où vivent la grande majorité des africains est le domaine des chinois et hindous qui se disputent âprement le marché. Un état de fait pas toujours apprécié de certains commerçants africains qui, en dénonçant la méconnaissance des produits par ces « revendeurs », pointent un doigt accusateur sur la clientèle africaine plus préoccupée par les prix que par la qualité des produits et qui, dès lors, opte pour la facilité en s’approvisionnant directement chez la concurrence. Une concurrence que toutefois les commerçants et entrepreneurs africains 2.0 vont contrer en élargissant leurs parts de marché grâce aux commandes en ligne et livraisons à domicile.


INTERVIEW: Mme Dibor Ngom Ba SENE de Sénedélices

« Les chinoix et les hindous sont les premiers à répondre aux besoins des consommateurs(…) Mais cela ne veut pas dire qu’ils ont plus de parts de marché »

Présentez-nous en quelques mots votre plateforme

Senedélices est l’univers des délices au bon goût du Sénégal pour nos petits plaisirs. Nous promouvons la consommation locale et le made in Sénégal à l’international. Ainsi, grâce  à notre activité fondée sur le commerce équitable et l’économie collaborative, nous encourageons le travail de braves femmes sénégalaises qui œuvrent  dans la transformation alimentaire avec si peu de moyens.

Comment êtes-vous venus à la vente des produits dits exotiques?

Senedélices est créée pour répondre aux besoins des consommateurs, principalement les sénégalais de la Diaspora. Quand on recevait des invités chez nous, on leurs  faisait goûter aux délices du Sénégal. Par exemple le Mburaké et le khertouba, de vrais délices, qui à chaque fois suscitaient beaucoup d’intérêt auprès de nos invités. Les gens en raffolent. Il arrivait même que certains ami-e-s et collègues nous demandent d’en acheter pour leur consommation personnelle.  C’est d’ailleurs ce qui nous a amené à interroger via un questionnaire notre entourage pour savoir s’ils seraient intéressés à acheter régulièrement les produits provenant du Sénégal (en proposant une liste de produits). Le résultat était très positif et a dépassé même nos attentes. Il nous restait donc à contacter les  fournisseurs au Sénégal et créer une page Facebook pour tester le besoin en dehors du cercle d’amis, collègues et proches.

Quel genre de produits alimentaires vous acheminez en général?

Nous commercialisons des produits comme:

– Maad
– Pâte de Ditakh
– Pâte d’accra
– Khertouba
– Mburaké
– Niambane Dakhar
– Nougat
– Pain de singe nature/gingembre
– Coco gingembre/nature
– Guerté thiaf, Guerté soukeur
– Préparation beignets (dougoup, fatayas, kheumeukh)
– Produits halieutiques(…)

Ces produits étant souvent fragiles, comment assurez-vous leur conservation ?

Nous avons deux moyens de transport :Les Gp (trop cher).Le fret  aérien ( beaucoup plus pratique et moins cher).

Quel est votre circuit d’approvisionnement?

Nous commandons directement auprès de nos fournisseurs. Ensuite le produit est récupéré par les « thiak thiak »* puis transmis à notre transporteur.

Est-ce moins coûteux de le ramener vous-même du Sénégal plutôt que de l’acheter chez les grossistes à Paris ?

Nos produits sont très rares à trouver chez le grossiste à Paris. Et si on a trouve, très souvent on a pas la qualité escomptée. Pour cette raison, on sélectionne au Sénégal les meilleurs produits pour nos clients.

Avez-vous un point de vente ou faites-vous la livraison à domicile?

Nous avons choisi le modèle e-commerce. Les clients commandent en ligne et se font livrer à domicile.

Quel est le profil de vos clients ? En avez-vous en dehors de la communauté africaine ?

Majoritairement, ce sont des femmes (91,2%) qui achètent nos produits. Et près de 8% d’hommes.
Nous avons six nationalités qui consomment les produits de Senedélices : Sénégalais, Guinéens, Maliens, Ivoiriens Français et Gambiens.

Est-ce un commerce qui rapporte?

Tout dépend des périodes.

Quel regard portez-vous sur ce marché en Europe et particulièrement en France?

C’est un marché prospère parce qu’il y a une forte demande. Les africains, où qu’ils soient, en France, en Italie où en  Espagne… consomment toujours des produits locaux (d’Afrique).
Pour fidéliser sa clientèle, il faut proposer une gamme de produits de qualité.  Et c’est le point fort de Senedélices. Nous choisissons les meilleurs fournisseurs du marché pour proposer à nos clients des produits de qualité.

Le marché est de plus en plus conquis par les chinois et les hindous, comment l’analysez-vous?

Effectivement, ils sont les premiers à répondre aux besoins des consommateurs. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ont plus de parts de marché. Nous fournissons beaucoup de boutiques africaines et chinoises, par exemple, en produits halieutiques.

Aujourd’hui, la tendance est le e-commerce. Un questionnaire tout récent que nous avions proposé à notre clientèle montre clairement que plus 80% de nos clients veulent se faire livrer chez eux. Or, les chinois et les hindous qui commercialisent les produits africains ont généralement des boutiques physiques et ne font pas de livraison à domicile, contrairement à Senedélices. En outre, l’analyse de l’environnement et du marché montre clairement que d’autres besoins émergent. Un nouveau mode de consommation des individus apparaît grâce aux nouvelles technologies, notamment l’internet et le digital.

MARIE HENRIE SARR CESBRON
& MAME SAYE DIOP

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