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Zoom sur : La vie d’étudiante

par La Rédaction

Ils étaient 12415 étudiants sénégalais en France en 2019, soit une évolution de + 39% sur 5 ans selon Campus France. Un nombre conséquent qui s’explique par l’envie d’aller étudier à l’étranger la tête, souvent, remplie de rêves qui se dissipent comme un  mirage au contact  d’une vie loin des clichés. Entre petits boulot et études, ces étudiants qui ont du mal à s’adapter aux réalités de leur nouvelle vie, tirent parfois le diable par la queue côté financier en plus de devoir faire face à la discrimination et au racisme.

Seize heures en région parisienne! Dans un studio de 23 m², dans la ville d’Evry, la porte s’ouvre sur la jeune Fatimata Dia. Une beauté aux traits fins sur un teint  assez clair qui nous rappelle ses origines puular du Fouta (ville du Sénégal). La jeune étudiante qui valse avec la désillusion, les pieds à peine posés sur le sol français, trouve les mots justes pour décrire son choc d’il y a deux ans. Une simple interjection plus bavarde que mille discours s’échappe de ses lèvres lorsqu’elle foule le tarmac de l’aéroport.

Elle s’en souvient, d’ailleurs, comme si c’était hier:  « Ma première impression, c’était  juste Waouh!  C’est ça Paris ! » Les récits qu’on lui fit de cette ville  et qui ont nourri ses rêves et l’idée  qu’elle en avait elle même eu s’écroulent comme un château de carte devant le décor vide qu’elle découvre: « Honnêtement, je m’attendais à des buildings, à des grattes ciel, à un Paris très beau, très haut, loin de ce RER D (rires…) J’étais un peu déçue de ce que je voyais pour l’une des plus belles villes du monde. » Une réflexion décochée le temps d’une rose! Fatimata est vite rattrapée par la réalité de la vie qui ne se nourrit pas que de chimères.

La jeune sénégalaise aura mis du temps avant de se décider à finir ses études hors de son pays. La plus grande partie de ses humanités, Fatimata Dia l’aura, en effet, fait au Sénégal où elle poursuivra ses études jusqu’à l’obtention d’un Master en audit et contrôle de gestion, après un baccalauréat scientifique.

Un réveil assez brutal à la hauteur de tous ces mythes sur la vie en Europe!

Fatimata Dia

Car, celle qui a quitté le Sénégal pour une spécialisation en pilotage stratégique, comme bon nombre d’étudiants africains qui ont l’irresistible envie de faire leurs études à l’étranger, n’a fait confiance qu’aux  vidéos  et autres clichés d’une Europe idyllique où tout réussit qui pullulent sur les réseaux.  Longuement conditionnée et obsédée par le désir de rejoindre un continent à l’image façonnée par la  société, elle poursuit: « On me disait que faire ces études à l’étranger était plus facile qu’au Sénégal. Et qu’avec moins d’effort on pouvait s’en sortir. Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas.

Il y a aussi le fait de penser que faire ses études en France c’est l’eldorado : dès notre arrivée on va trouver un job étudiant, on va financer ses études, on va tout faire en un claquement de doigt. L’argent sera facile, tout sera facile… Mais c’est surtout le contraire ! Je pense que c’est une chose très importante qu’on doit expliquer aux gens avant qu’ils débarquent. Leur montrer par tous les moyens la réalité d’ici, comment ça se passe, exactement, pour qu’ils se préparent, psychologiquement et financièrement, pour éviter la galère ».

Une galère familière au langage des étudiants qui, en plus de problèmes d’adaptation climatique surtout en période hivernale rigoureuse, doivent aussi rompre avec leurs habitudes culinaires, en plus de réorganiser leurs pratiques religieuses en tenant compte de leur entourage et des coutumes locales. Calée dans son fauteuil de bureau, le regard au loin, elle revient sur ce jeu du chat et de la souris: « Quand je suis arrivée en France, j’étais en famille donc ce n’était pas encore compliqué. Ça a changé quand j’ai déménagé pour une collocation avec une personne qui n’était pas de la même couleur de peau que moi. C’était délicat et il fallait toujours faire attention à sa culture, à ses croyances pour ne pas la frustrer. A chaque fois,  il fallait essayer de ne pas vexer l’autre, s’adapter. Ce n’est pas du tout facile car c’est diamétralement opposé au Sénégal». Une position partagée par Khadija, étudiante à Lyon, obligée de faire un choix  des plus drastiques qui touche même aux fondements de sa croyances: «J’ai été obligée d’enlever mon voile, car il y avait trop de restrictions et je ne m’y retrouvais plus. C’était extrêmement dur pour moi!».

Des déboires auxquels s’ajoute une gestion cahoteuse des finances,  en l’absence d’entrée d’argent. Fatimata: La galère financière,c’est celle qui revient le plus souvent. Si tu ne trouves pas de ressources ou de boulot à côté, tu ne t’en sors pas. Parfois il faut trouver des astuces. Il m’arrivait de jeûner pour ne pas trop épuiser mes courses. C’est très compliqué niveau loyer aussi. Tu as un petit mètre carré pour un prix très cher. Les courses sont également très chères. Il faut savoir se ménager, s’organiser pour s’en sortir ».

Fatimata Dia

Racisme et discrimanation: un combat au quotidien

Après deux années dans la région parisienne, Fatimata Dia, les yeux pétillants de sagesse encadrés par ses  lunettes de vue,  fait  le bilan de sa confrontation aux réalités et lois françaises. Le racisme, elle en a fait les frais à travers des attitudes et réflexions des plus blessantes. Celle qui s’est fait traitée de « porteur de maladies » ou parfois désignée comme « celle de Dakar », en faisant abstraction de son nom, est catégorique sur ce cancer de la société occidentale qui fait son bonhomme de chemin, à une vitesse vertigineuse :« Il y a cette réalité qu’est le racisme.

Oui, il est bien réel ! Quand on te traite de « porteur de maladies » ou qu’on te nomme ‘celle de Dakar’ pour ne pas citer ton nom, c’est juste insupportable et choquant .  Des mots qui ne font pas le poids face à la haine viscérale qui l’aura fait démissionner de son travail.

La jeune étudiante de renchérir:  « J’ai fait un stage dans une grande structure de la place. Au début tout se passait bien : je faisais 2 heures et demie de route chaque jour, mais cela ne me posait pas de problème. Deux semaines se sont écoulées ; puis une autre stagiaire, de peau noire comme moi, a intégré l’entreprise. Quelques jours après son arrivée, il y a eu des bruits de couloir comme quoi il y avait des odeurs dans le bureau, que cela sentait la transpiration. On nous a convoquées pour nous demander si nous n’avons pas de maladies corporelles ou si ce n’est pas l’odeur de notre cuisine car parfois la friture reste sur nos cheveux. Ce jour-là, j’étais choquée. J’ai failli pleurer. J’étais traumatisée. Du coup, j’ai démissionné car, pour moi, c’est ma dignité qui a été touchée ». Mais Fatimata qui n’en perd pas de son assurance est loin d’être seule dans son combat face au racisme.

Cynthia, étudiante vivant en Allemagne a, elle aussi, fait les frais du racisme dans son entreprise qu’elle quittera à cause de réflexions récurrentes sur ses repas qui « sentaient forts ». La jeune femme, originaire du Cameroun, souvent victime de propos racistes,  n’en baisse pas pour autant  les bras et espère des « changement positifs pour les génerations futures. »

Seulement, la pression sociale, les étudiants africains la vivent aussi dans leurs rapports avec la famille restée au pays. L’argent s’invite aux conversations, souvent, beaucoup trop souvent. Sans état-d’âme ni compassion, l’étudiant est pour eux, celui à même de régler tous les problèmes financiers.  Fatimata dénonce cet autre front, que les étudiant qui ont déjà du mal à sortir la tête de l’eau, doivent contenir: «Ils pensent que l’on ramasse l’argent. Je ne comprends pas comment on peut demander de l’argent à un étudiant. Il y en a qui envoie de l’argent pour rester sans ressources. « 

ALLOCATIONS-AIDES DE L’ETAT

Si les étudiants étrangers peuvent compter sur l’aide de l’Etat comme en France grâce aux allocations qui leur sont allouées, ils comprennent difficilement l’inertie de leur pays d’origine. Entre critères d’éligibilité flous et manque de retour de la part des autorités compétentes sur place, surtout pour ce qui est des bourses d’études, leur courrou n’en finit plus.

Fatimata: « Pour la France on bénéficie de certaines aides comme les aides aux logements, la CMU, qui sont très utiles pour nous. Si tu as des allocations, le prix du logement est moins cher. Par contre pour l’état sénégalais il y’a rien. C’est un peu décevant d’ailleurs.

Il existe juste des bourses sociales mais tu postules, et personnellement je n’ai pas eu de retour. Je me demande d’ailleurs s’ils respectent les conditions car tu es sûr d’avoir les critères qu’il faut pour une bourse mais tu ne l’obtiens pas ».

Le chef du service de gestion des étudiants sénégalais à l’étranger à l’ambassade du Sénégal à Paris, lui ne l’entend pas de cette oreille. M. Bakhoum, qui loue les efforts de  l’Etat du Sénégal pour ce qui est des allocations d’études, liste les types de bourses et critères d’élibilités qui en donnent droit. Au-delà des bourses, l’Etat, selon lui, va plus loin en mettant en place un certain nombre de complément qui prendrait en considération tous les étudiants: « En plus de ces bourses nous avons les compléments de bourses du gouvernement du Sénégal qui sont destinés aux étudiants qui bénéficient d’une bourse de coopération avec les pays amis et partenaires de l’Etat du Sénégal. Nous avons également les aides d’état qui peuvent être accordées à ceux qui sont inscrits dans une université ou une institution d’enseignement supérieur qui n’ont aucune autre allocation et qui répondent à certains critères sociaux pédagogiques ».

Cependant face aux difficultés des leurs, la solidarité s’organise avec les moyens du bord au sein de la communauté sénégalaise vivant à l’étranger.  Un groupe Facebook créé en 2012 par son président, Cheikhna Sy, et devenu depuis lors une association. l’objectif principal de cette plateforme virtuelle dénommé » Sénégalais de l’extérieur » est d’aider les sénégalais, notamment, les étudiants dans plusieurs secteurs comme l’administration et le logement. Une association qui permet aux nouveaux arrivants et aussi à ceux qui peinent à trouver un logement d’être orientés dans des structures qui peuvent les aider.

Cheikhna Sy:  « Parfois avec les publications dans le groupe, les gens peuvent trouver un logement, une colocation ou un hébergement temporaire. Au niveau administratif, on oublie parfois les démarches que les gens doivent effectuer afin de faciliter leur intégration, mais aussi avoir cette facilité de pouvoir étudier dans de bonnes conditions.»

Dans certains cas extrêmes, le président peut faire appel à la solidarité entre membres du groupe avec la mise en place d’une cagnotte comme pendant le confinement. Une période durant laquelle l’association a pu aider beaucoup d’étudiants.

Un moment assez difficile et stressant, notamment, avec des cours en ligne, des stages et alternances presque introuvables et des frontières fermées. Fatimata Dia garde des souvenirs douloureux de cette pandémie qu’elle a vécu, difficilement. Dans l’impossibilité de trouver une entreprise pour une alternance, elle fera face à la tragédie en perdant son « idole », son père qu’elle n’a pas vu depuis deux ans et à qui elle n’aura pas pu faire ses adieux en raison de la fermeture des frontières.

En attendant, Fatimata s’arme de patience et de force. Son quotidien reste le même: « Métro, RER, boulot, étude et dodo », loin de son « thiebou dieune » national (riz au poisson, plat national du Sénégal) et d’une bonne tasse de « Ataya » (Thé à la sénégalaise) tant prisés à l’université Cheick Anta Diop de Dakar.

Un aveu d’impuissance, certes, qui sonne quelques notes de regret, mais qui n’entame nullement la détermination à réussir de Fatimata!

BOURSES DE L’ETAT DU SÉNÉGAL ET CRITÈRES D’ÉLIGIBILITÉ

Les bourses d’excellence sont attribuées en fonction de la  mention très bien ou bien ou d’une distinction au concours général de l’année en cours.

Les bourses pédagogiques de premier et second cycle attribuées aux étudiants sur la base de leurs résultats du baccalauréat et post bac avec une progression satisfaisante dans leurs études supérieures.

Les bourses sociales  attribuées aux étudiants en situation de handicap ou atteints de maladies handicapantes, aux étudiants orphelins et en situation de vulnérabilité, ou issus de familles démunies.

Les bourses doctorales de cotutelle en alternance, attribuées aux inscrits en cotutelle entre un directeur de thèse dans une formation doctorale sénégalaise et un directeur de thèse dans une université d’enseignement supérieur à l’étranger.

Les bourses de mobilité attribuées aux étudiants inscrits en Master 2 ou en doctorat. Cette dernière bourse cible les étudiants sénégalais qui souhaitent avoir une expérience à l’étranger ainsi que les étudiants sénégalais à l’étranger qui souhaitent avoir une expérience au Sénégal.

Marie Henrie Sarr Cesbron

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